Dans le premier article, j’ai abordé l’historique et quelques éléments généraux qui concernent le débriefing. Voyons maintenant différents types de débriefing et leurs effets.Différents types de Débriefing.En 2004, après 18 années de service missionnaire dans trois pays d’Afrique Centrale, notre famille rentrait en France de façon définitive. Nous avions six enfants, âgés de 7 à …

Dans le premier article, j’ai abordé l’historique et quelques éléments généraux qui concernent le débriefing. Voyons maintenant différents types de débriefing et leurs effets.

Différents types de Débriefing.

En 2004, après 18 années de service missionnaire dans trois pays d’Afrique Centrale, notre famille rentrait en France de façon définitive. Nous avions six enfants, âgés de 7 à 20 ans, notre aîné était déjà rentré deux ans auparavant pour ses études supérieures.

De par nos contacts avec d’autres missions et avec d’autres ouvriers de diverses nationalités, nous étions informés sur la pertinence et l’existence du débriefing, mais dans notre organisation missionnaire, personne n’en avait jamais fait. Beaucoup de collègues nous disaient dans notre dernière année sur le terrain : « Vous avez besoin de débriefer en rentrant ! » – « Cela va vous aider à bien vivre la transition » – Etc.

Alors je me suis renseigné six mois avant la date prévue de notre retour, et j’ai pu réserver deux semaines dans l’un des deux centres qui existaient en France à l’époque : une semaine en couple, puis une semaine avec nos six enfants.

Cette expérience a été un tournant majeur pour la suite de notre vie personnelle, notre vie de  couple et notre famille ; elle a constitué aussi un carrefour important pour la suite de notre ministère à partir de la France. Il faut dire que les « bagages » accumulés sur nos épaules au fil des années et des expériences étaient bien chargés et lourds à porter…

Une définition du débriefing pour les missionnaires :

En écho à ma première partie, je propose ici une autre définition du débriefing pour les missionnaires, écrite par un praticien francophone que j’apprécie particulièrement, et qui a une longue expérience de plusieurs décennies dans ce domaine.

« Le débriefing combine des interventions narratives, créatives et axées sur les solutions, une réflexion personnelle et la prière (…) Son objectif est de faciliter le processus d’exploration et d’évaluation de l’impact physique, psychologique, relationnel et spirituel des temps forts et des facteurs de stress du ministère ou d’un événement dans la vie d’une personne pour lui permettre d’arriver à un lieu de liberté, de guérison, de pardon et réconciliation, de paix, d’espoir et de résilience. » – © Christian Quartier-dit-Maire, 2020

Le débriefing peut intervenir pour des gens « sains », qui ont juste besoin d’être écoutés ; mais aussi pour des personnes qui ont des problèmes plus profonds et récurrents d’attitudes et de comportements, des difficultés dans l’équipe, des addictions, du stress cumulé, parfois jusqu’au burn-out, etc.). Il intervient aussi pour des personnes qui viennent de vivre un traumatisme ou une crise au sein de leur équipe ou dans leur lieu de service (un article spécifique traite de ces questions en troisième partie). 

Pour chaque situation, les conditions de prise en charge et les modalités pratiques vont s’adapter aux besoins des personnes en demande. Ce qui signifie aussi que ceux qui pratiquent le débriefing doivent avoir une formation spécialisée : certains débriefeurs sont plutôt généralistes, d’autres sont davantage « spécialisés », per exemple dans le débriefing de crise ; ou le post-traumatique ; ou le débriefing d’équipe ; ou le débriefing des enfants et des familles ; etc.

Le débriefing organisationnel.

Stratégiquement, il s’agit de savoir ce qui a bien/mal fonctionné au sein de l’organisation, en ce qui concerne un projet ou une phase définie du projet  en question. Ce genre de débriefing est utile, mais il ne touche pas à ce que se passe à l’intérieur de la personne. On ne fait qu’évaluer les objectifs, ce qui est important pour la planification stratégique – cela donne un excellent sentiment de pouvoir contribuer au développement de l’organisation. Mais le bénéficiaire principal de ce type de débriefing est l’organisation elle-même. 

Le débriefing de routine ou de base.

Après plusieurs mois ou années passés sur le terrain missionnaire, un besoin de débriefing de routine se fait sentir, ce qui est tout à fait normal après un séjour missionnaire. Je souligne ici un élément important : quand un missionnaire revient dans son pays d’envoi, il peut difficilement évoquer certaines situations ou expériences vécues à cause des décalages de culture et de contexte. Les « gens d’ici », y compris les pasteurs, amis, conseillers en relation d’aide ou les personnes de bonne volonté n’ayant jamais vécu en expatriation auront beaucoup de mal à saisir toutes les implications de ces situations. Ainsi, les missionnaires « se taisent » sur beaucoup de choses : soit ils commencent à en parler, mais se heurtent à de l’incompréhension, des non-réponses ou des réponses inadéquates ; soit ils renoncent à s’exprimer, faute d’une oreille suffisamment aiguisée ou sensible. Ils peuvent longtemps garder en eux-mêmes des douleurs profondes et/ou des conflits nos résolus.

Dans un débriefing de base, les personnes viennent pour une évaluation, un bilan, pour s’améliorer dans la suite de leur service. Le débriefing se passe en général sur une semaine, selon un schéma précis (voir ci-dessous). On a des entretiens en demi-journée (en général le matin), et les après-midis sont libres pour le repos, la réflexion, la détente, etc.

Exemple d’un plan de débriefing pour un couple missionnaire :

1er jour : On définit les paramètres de la relation. 

Les gens partagent, il convient donc de les écouter, de se faire des repères. Pour la suite, on va sélectionner les thèmes de réflexion. 

Par exemple pour le lendemain : on demande aux personnes de réfléchir et de faire une liste de tous les changements vécus en mission ; ou les pertes subies ; etc.

2e  jour : Le couple partage les changements majeurs (dans tous les domaines) qui influent sur le cours de leurs vies.

Ex : Utiliser le modèle de transition ; Réfléchir sur les pertes premières et secondaires (celles-ci sont souvent plus marquantes – ex : perte de confiance dans les leaders)

On peut avoir un apport spirituel sur la stratégie de Satan dans nos vies.

3e jour : La courbe de deuil. 

Le danger pour les ministères est de passer directement de l’état de choc à l’aide aux autres en fournissant soi-même toutes les ressources. 

Il convient de se laisser le temps de passer par les diverses étapes .

4e jour : Introduire le concept de l’échange de la Croix : « Jésus a porté mes péchés mais aussi mes douleurs » (Esaïe 53 et Esaïe 61 :1-4) – On regarde également les paroles de Jésus dans Luc 4 :18-21 . Etc.

5e jour : Temps de prière à la croix. Ministère et actes symboliques, à l’écoute du Saint-Esprit.

Le débriefing pour membres d’équipe à court terme.

Dans ce cas les personnes revenant d’un court-terme missionnaire sont encore dans la phase « lune de miel ». La difficulté sera d’aller au-delà et de montrer que tout n’a pas été aussi merveilleux que ce que le rentrant affirme. 

Pour ceux qui cumulent les séjours court-terme : après chaque voyage, on charge son sac à dos d’un poids supplémentaire. Il est donc important d’avoir un débriefing, sous peine d’être chargé de plus en plus lourdement (c’est ce qui arrive aux personnes qui enchaînent des missions humanitaires courtes sans réellement « souffler »). 

On n’en ressent pas forcément le besoin, mais la nécessité est là. Au cours des différents missions, on aura affaire aux mêmes types de personnes, au même stress. Il est important de ne pas durcir son cœur face aux évènements et se désensibiliser face à la souffrance, la pauvreté, la santé des expatriés, les catastrophes ou les destructions. Là se trouve le danger.

Une précision pour les familles qui séjournent à long terme.

Le débriefing est très important pour le familles et les enfants de missionnaires (appelés Enfants de Troisième Culture) qui passent de longues années sur le terrain. Pour les parents, le retour dans le pays d’envoi signifie généralement un « retour à la maison ». Pour les enfants, c’est plutôt quitter son « pays d’adoption ». Ces différentes dynamiques se vivent de façon près personnelle au sein de la même famille missionnaire.

(Pour une étude plus complète sur les enfants de troisième culture : voir nos articles dans la rubrique MEMBERCARE.)

Un lien étroit mais une différence : débriefing et relation d’aide.

Sans aller en profondeur ici, je mentionne simplement cette complémentarité : le débriefing permet aux gens de parler de leurs expériences sans être évalués trop vite sur la base du ressenti ou d’apparents symptômes. Il convient alors, durant la période de débriefing, de savoir ce que Dieu veut faire et  de l’écouter ensemble pour déterminer la suite. 

A partir de là et si nécessaire, il faudra faire appel pour certaines problématiques à l’intervention de thérapeutes spécialisés : professionnels de la relation d’aide, conseil conjugal, psychiatre ou psychologue, ou autre.

En conclusion :

Une question reste : comment aider des missionnaires en une semaine seulement ? 

On ne peut souvent pas expliquer le comment, mais lorsque Jésus se révèle, les miracles apparaissent. Comme lorsque les disciples d’Emmaüs reçoivent le feu et des forces nouvelles pour courir à Jérusalem et répandre la nouvelle de leur rencontre avec Jésus. C’est le but du débriefing : que les gens soient fortifiés par le Seigneur afin qu’ils puissent repartir remplis de puissance et de motivation !

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