(d’après un article de Martin SANDERS sur le site : paroledementor.com)Dans cet article, je reprends une thématique abordée par Martin SANDERS, face au défi posé aux responsables et leaders déjà expérimentés qui demandent :« Pourquoi les jeunes leaders éprouvent-ils le besoin si pressant d’avoir un mentor ? Personne n’a joué ce rôle pour nous et nous …
(d’après un article de Martin SANDERS sur le site : paroledementor.com)
Dans cet article, je reprends une thématique abordée par Martin SANDERS, face au défi posé aux responsables et leaders déjà expérimentés qui demandent :
« Pourquoi les jeunes leaders éprouvent-ils le besoin si pressant d’avoir un mentor ? Personne n’a joué ce rôle pour nous et nous nous sommes bien débrouillés seuls. Non ? »
I Un besoin actuel évident
Or, depuis la Seconde Guerre mondiale, notre société a évolué à une vitesse qu’aucune période de l’Histoire n’a jamais connue. En entrant dans le 3e millénaire de notre ère, le rythme des changements s’est nettement accéléré. En quelques décennies, l’ère de la postmodernité s’est installée puis développée à vitesse « grand V ». Les aînés ont toujours plus de mal à comprendre les multiples bouleversements et transformations culturelles que connaît notre société occidentale.
Certains responsables expérimentés cherchent à adapter leurs pratiques ; d’autres ont du mal à prendre le temps nécessaire pour y réfléchir ; d’autres encore se sentent démunis, parfois menacés, face à cette évolution.
Ces évolutions sociétales ont pourtant fait apparaître toutes sortes de « nouvelles personnes » très différentes (qu’on a appelées successivement génération X, Y, puis Z, et maintenant Alpha), qui présentent des besoins et des perspectives spécifiques.
II Six facteurs culturels ont renforcé le besoin de recourir à un mentorat intentionnel.
La liste des facteurs abordés ici n’est pas exhaustive. Nous soulignons quelques aspects qui nous paraissent déterminants.
1. La disparition des « Héros » et de Modèles crédibles à long terme.
Même si les dernières décennies nous ont introduits dans l’ère des « Superhéros », nos sociétés du 21e siècle souffrent de l’absence de héros et de modèles durables. Si certains personnages réussissent à impressionner par leurs performances ou leurs innovations dans divers domaines comme le sport, les arts, la technologie, l’influence sur internet ou même le monde politique, leur « durée de vie » est souvent éphémère. Leur style de vie médiatisé et leurs excès entachent bien souvent leur réputation et font chuter avec le temps leur crédibilité.
Les médias, les philosophes, la littérature contemporaine constatent avec douleur les conséquences de cette disparition de héros et modèles crédibles au sein des sociétés actuelles sous toutes les latitudes. L’impact est particulièrement accentué chez les jeunes.
Un mentor ne remplace pas le héros, il n’en est pas non plus un équivalent. Mais on le choisit précisément parce qu’il représente un certain « modèle » de crédibilité et de stabilité, auquel on pourra se référer.
2 La perte des repères et d’un certain « bon sens commun ».
Pendant les soixante premières années du 20e siècle, il existait un ensemble de connaissances et de valeurs communes que l’on appelait simplement le « bon sens ». Depuis les années 60, ces valeurs se sont progressivement érodées. Le mouvement n’a cessé de s’accélérer, notamment à partir des années 2000. Cette absence de connaissances partagées rend nécessaire le développement d’un langage commun.
Le mentor pourra fournir une perspective et expliquer le pourquoi des choses ; aussi bien dans les organisations que dans les relations interpersonnelles.
3. L’évolution de la famille et ses conséquences sur les enfants.
Il est avéré (notamment par la psychologie) que le climat familial et les modèles parentaux des premières années de la vie sont déterminants pour la construction de la personnalité humaine.
En occident, depuis la génération des Boomers (nés dans les 20 années qui ont suivi la 2e guerre mondiale) nous avons assisté à une augmentation significative des ruptures familiales internes (divorces, recomposition des familles, désorientation des enfants, etc.) ; puis, plus récemment, à une déconstruction ouverte et programmée de la famille « traditionnelle » (père, mère et enfants), véhiculée par plusieurs courants et lobbies influents.
Sans entrer dans les détails, certains besoins fondamentaux de l’enfant pour sa croissance harmonieuse (sécurité affective et émotionnelle, sens de l’appartenance, amour inconditionnel, estime de soi, sens de la valeur personnelle, modèles stables d’autorité, etc.) ont été affectés à des degrés différents, selon les cas.
Pour les nouvelles générations, il en résulte (souvent en combinaison avec d’autres facteurs externes plus larges) : des problèmes de personnalité et de structuration internes amplifiés ; parfois des manques affectifs importants, qui peuvent aller jusqu’à des troubles psychologiques ; des manques de repères stables ; une gestion difficile des émotions ; une relation compliquée à l’autorité ; etc.
L’accompagnement externe d’un mentor pourra contribuer à relire et redire sa propre histoire ; et y retrouver le fil conducteur de Dieu dans l’ensemble de son parcours de vie.
4 La mobilité au sein de la société.
La mobilité, le désir de changement et de diversité caractérisent les générations postmodernes. Suite au développement exponentiel des moyens de communications, les jeunes se considèrent de plus en plus comme « citoyens du monde ».
Les raisons de tous ces déplacements sont multiples, nous les résumerons de façon très simplifiée : par nécessité ou par choix (migrations pour motifs politiques, climatiques, économiques ou autres ; mobilité professionnelle et possibilités d’étudier ailleurs ; etc.) ; du Nord vers le Sud et du Sud vers le Nord ; de l’Est vers l’Ouest et de l’Est vers l’Ouest, même si les conditions varient de façon importante selon le sens des migrations. Il résulte pour beaucoup une perte de leurs racines, de leur histoire familiale et/ou culturelle, à divers degrés évidemment.
On notera que lorsque des jeunes, et notamment de jeunes leaders, n’ont plus immédiatement accès aux gens, aux lieux et aux institutions qu’ils ont connus et qui ont contribué à leur maturation personnelle, le désir et le besoin de mentor s’accentuent.
5 La priorité à l’image et ses conséquences.
Nous insistons sur le fait que ce paragraphe n’induit aucun jugement de valeur.
Une personne qui grandit en regardant des clips vidéo sera très différemment formée intérieurement (notamment dans les mécanismes internes liés à sa mémoire) par rapport à une autre personne qui grandit en écoutant de la musique ou en lisant des livres.
Exemple : en entendant une de ses chansons préférées ou une poésie apprise autrefois, ou en respirant telle odeur, nous pouvons voir surgir des souvenirs précis d’une époque particulière de notre passé et repenser à une maison, un paysage, une scène particulière, à des amis, etc. Cela nous amène, l’espace d’un instant, à réfléchir à propos de notre vie et notre parcours personnel.
Quelqu’un qui a grandi en regardant des clips se souviendra avant tout des images du clip, lesquelles lui ont été fournies de l’extérieur. Il lui sera plus difficile de retrouver les connexions cognitives, émotionnelles et affectives entre telle image et son contexte d’origine précis ; et par conséquent, d’avoir une réflexion très approfondie sur sa vie.
L’accompagnement et la bienveillance d’un mentor pourront contribuer à une réflexion intérieure profonde sur soi-même, et ainsi remettre un certain ordre dans son histoire personnelle.
6 Une maturité retardée.
Ne voyons ici aucune notion péjorative ni jugement de valeur sur les personnes.
La perception du temps et de l’âge évolue aussi. Dans les sociétés occidentales, la population ne cesse de vieillir, et la proportion de populations jeunes est minoritaire par rapport aux ainés. Dans les pays du Sud global au contraire, on assiste à une explosion des jeunes populations. Même si les raisons sous-jacentes sont souvent bien différentes d’une culture à une autre et d’un pays à l’autre, on constate aujourd’hui sur toute la terre que l’entrée des jeunes dans l’autonomie adulte est retardée, si l’on comparer avec la situation 50 ou 100 ans en arrière.
Une maturité retardée accroît aussi le besoin et le désir d’être accompagné par une personne mature et expérimentée, qui n’imposera pas ses idées mais qui sera un conseiller précieux, un « questionneur », pour faire sortir le plus jeune de son univers souvent limité.
Tous ces facteurs peuvent sembler anodins ; cependant, leur combinaison modifie de manière considérable les perceptions et les comportements des jeunes générations.
Les leaders issus de celles-ci ont grandi dans un environnement très différent de celui des leaders qui ont aujourd’hui 60 ans ou plus. Comme ils ont souvent manqué de stabilité familiale, d’une moralité commune et de cadres, leurs personnalités sont très diversifiées. Leurs besoins, leurs valeurs, leurs points de vue et leurs attitudes se distinguent nettement de ceux de leurs aînés.
III L’importance du mentorat
Le but du mentorat est d’établir des relations intentionnelles qui aident la personne accompagnée à développer son être intérieur et son efficacité externe.
Un moyen d’y parvenir consiste à aider la personne à comprendre et satisfaire les besoins que les facteurs mentionnés ci-dessus ont créés dans son être profond. Rappelons-nous toujours que le mentorat travaille avant tout sur « l’être », sur la personne, au moyen de la relation, pour lui permettre de progresser.
Les leaders et ministères chevronnés doivent faire l’effort de se mettre en phase avec les réalités que connaissent les jeunes générations et les jeunes leaders. Ceux-ci auront besoin de diverses personnes-ressources, pour les aider à atteindre leur plein potentiel personnel, et trouver une efficacité plus grande dans leur service.
Dans ce contexte, le mentorat intentionnel et la multiplication des mentors occupent une place déterminante pour encourager le leadership des nouvelles générations.










