Les Enfants de Troisième Culture (II)Voici notre 2e article qui concerne les enfants de missionnaires qui naissent ou grandissent hors de la culture de leurs parents. On les appelle « Enfants de Troisième Culture » (ETC).Nos sources :  « Third Culture Kids » de David C. POLLOCK et Ruth VAN REKEN et : « Un enfant, deux cultures » de Cathy …

Les Enfants de Troisième Culture (II)
Voici notre 2e article qui concerne les enfants de missionnaires qui naissent ou grandissent hors de la culture de leurs parents. On les appelle « Enfants de Troisième Culture » (ETC).

Nos sources :  « Third Culture Kids » de David C. POLLOCK et Ruth VAN REKEN et : « Un enfant, deux cultures » de Cathy SCHMID   

Article 2 : Pourquoi une enfance en milieu transculturel a de l’importance

Rappel : « Un Enfant de Troisième Culture (ETC en français – TCK en anglais) est une personne qui a passé une partie importante de ses années de croissance dans une culture autre que celle de ses parents. Elle développe des relations avec chacune de ces cultures et s’identifie dans une certaine mesure avec elles, mais elle ne se considère pourtant pas comme faisant intégralement partie d’elles. Même si différents éléments de chaque culture s’assimilent à son expérience et influencent son système de valeurs et son mode de vie, son sentiment d’appartenance va vers ceux qui ont un vécu semblable au sien. »  (Cathy SCHMID : « Un enfant, deux cultures »    page 7)

« C’est l’interaction permanente entre ces deux facteurs – vivre dans un monde différent sur le plan culturel et un monde très mobile pendant les années de son développement – plutôt qu’un seul facteur, qui forge la personnalité d’un ETC, et détermine les bénéfices qu’il en retire aussi bien que les défis qu’il aura à relever. »

Les ETC ont le sentiment paradoxal d’être profondément connectés et en même temps déjà déconnectés avec les gens et les lieux. 

Ils sont non seulement confrontés à des différences culturelles quotidiennes dans le lieu de vie que leurs parents ont choisi, mais cet univers culturel entier dans lequel ils vivent peut être bouleversé en une nuit, en un vol d’avion. Leurs relations sont sujettes aux mêmes changements, dans la mesure où eux-mêmes ou ceux qui les entourent, vont et viennent constamment, et changent parfois de façon rapide et bouleversante.

Pour eux, les « vas et viens » répétés d’une culture à l’autre interviennent avant qu’ils n’aient achevé la phase critique du développement de leur identité personnelle et culturelle. 

En comparaison, un adulte qui débarque dans une autre culture expérimente bien un « choc culturel », et il lui faut une période pour s’adapter ; mais son système de valeurs, son identité, sa manière d’établir des relations profondes avec sa famille et son entourage, etc. se sont déjà développés dans sa culture d’origine. Pour un ETC, ces dernières choses sont encore en construction.

  1. La signification de la culture.

Dans le développement de notre personne, l’une des principales fonctions qui nous aide à construire notre identité et notre appartenance est d’apprendre avec succès les règles culturelles de base de notre environnement tout au long de notre enfance ; puis intérioriser ces principes et ces pratiques pendant notre adolescence ; et les utiliser ensuite comme une base pour vivre et agir en tant qu’adultes dans un milieu donné.

Qu’est-ce que la culture ? 

Dans cet article, nous présentons seulement quelques aspects concernant la culture, en rapport avec notre sujet.  

Quelqu’un a défini de façon très simple ce qu’on appelle une culture : « C’est la manière dont on fait les choses ici ! ». 

Pour nous aider à mieux cerner cette fonction de la culture dans le cadre de notre étude, voici d’autres définitions (choisies parmi un grand nombre possible) :

« La culture est un système de principes, de présuppositions, de croyances et de valeurs qu’un peuple a en commun »  (Cathy SCHMID :  « Un enfant, deux cultures »  Page 27)

C’est donc un cadre à partir duquel nous interprétons la vie et le monde autour de nous, et nous leur donnons un sens.

Paul G. HIEBERT (anthropologue) affirme que la culture est apprise ou « captée », plutôt qu’un comportement instinctif – En même temps on la capte de façon informelle et intuitive ; et elle nous est enseignée par le contexte qui nous environne (notamment la famille proche), ce qui permet aux principes de se transmettre d’une génération à une autre.

L. Robert KOHLS compare la culture à un iceberg : la partie émergée correspond à la « culture de surface » et inclut : le langage, les comportements, les coutumes, les traditions. La partie immergée correspond à la « culture en profondeur », et comprend : les croyances, les valeurs, les présuppositions et les manières de penser. Rappelons-nous seulement que la partie émergée d’un iceberg représente 10% maximum de la masse et du volume de glace !

La culture est facteur d’unité et de cohérence pour un groupe humain. Celui-ci fonctionne et reste uni seulement si ses membres s’entendent sur un consensus de base concernant les valeurs profondes de leur culture. 

  L’équilibre culturel est essentiel : il nous donne un sentiment de liberté !

L’équilibre culturel c’est  le fait de savoir, de façon principalement inconsciente, comment les choses sont et comment elles fonctionnent au sein d’une communauté donnée.

Lorsque l’on reste suffisamment longtemps dans une culture, nous intériorisons ses comportements explicites et implicites, avec les présuppositions qui sont cachées derrière. Alors, nous savons intuitivement ce qui est bien, convenable, humoristique ou au contraire offensant, dans une situation donnée. 

Le fait de « savoir » nous donne une grande stabilité, un profond sentiment  de sécurité et d’appartenance. Il se peut que l’on ne comprenne pas en détail pourquoi les règles culturelles fonctionnent comme elles le font, mais nous savons comment fonctionne la culture. Nous pouvons alors concentrer notre énergie sur nos objectifs, et non sur les détails de présentation.

Si nous sommes en dehors de l’équilibre culturel, nous sommes obligés de nous battre pour comprendre ce qui se passe, au lieu de participer pleinement à l’événement.

  1. L’univers des ETC est un univers de cultures changeantes.

Beaucoup d’enfants de troisième culture disent après plusieurs années qu’ils se sentent mal, parce qu’ils n’arrivent pas à « entrer dans ». Dans toutes sortes de situations, ils font toujours une remarque maladroite. D’autres ont le sentiment honteux que quelque part, ils n’arrivent jamais à s’adapter socialement comme les autres.

En fait, les ETC, comme les autres enfants, apprennent la culture par ce qu’ils « captent »  dans leur environnement. Or, au cours de leurs multiples déplacements d’une culture à une autre, les valeurs culturelles et les comportements de la communauté peuvent changer radicalement. Ce qui est acceptable à un endroit devient ridicule ou grossier à un autre !

Alors à quelle culture vont-ils appartenir et s’identifier ? Dans quel endroit du monde vont-ils se sentir adaptés ?

Les valeurs culturelles sont inconsciemment enseignées en même temps qu’elles sont captées. Dans le processus d’enseignement de la culture, interviennent : les parents, la famille élargie, la communauté environnante, l’école, les camarades, et autres selon les cas. Pour un ETC, non seulement les règles culturelles peuvent changer en une nuit d’avion, mais en plus les membres de ces différentes entités, en un lieu donné, peuvent de l’un à l’autre être porteurs de styles de vie et visions du monde très différents.

Les Parents : Quel que soit le lieu où un ETC est élevé, les valeurs et pratiques culturelles familiales sont fondées sur celles de la culture d’origine des parents, et elles sont en général très différentes des pratiques de la culture environnante. Pour les familles missionnaires, elles sont aussi fondées sur la Bible, Parole de Dieu.

La Communauté : Quand un enfant grandit dans sa communauté d’origine, les adultes renforcent ce que les parents enseignent à la maison, parce que les règles sont uniformes. Les ETC sont en contact avec différentes communautés locales, chacune ayant des attentes et des règles propres, parfois contradictoires. Pour les ETC de familles missionnaires, Il y a non seulement la culture d’origine des parents et la culture d’accueil, mais aussi la communauté d’expatriés, l’organisation d’envoi, et d’autres sous-groupes éventuels (communauté missionnaire – communauté scolaire – etc.) qui exercent chacune leur part d’influence.

L’ETC apprend vite que pour être accepté dans tel groupe, il faut se conformer aux standards de ce groupe.

L’Ecole : Le programme scolaire est en général un reflet direct des valeurs culturelles et des croyances d’une société. Ceux qui conçoivent les programmes choisissent d’enseigner des valeurs conformes à celles des parents et de la majorité des personnes.

Pour beaucoup d’ETC, ce qui est enseigné et la manière d’enseigner varient sensiblement, lorsqu’ils se déplacent d’un lieu à un autre. Ils fréquentent des écoles internationales, avec des enseignants de diverses cultures, ou bien ils étudient à la maison avec des programmes à distance qui viennent du pays de leurs parents.

Que se passe-t-il pour un ETC quand il fréquente des écoles ayant des valeurs, des coutumes ou des orientations religieuses très différentes de celles de leurs parents ?

Les camarades : Quand ils jouent ensemble, les enfants imitent les habitudes culturelles qu’ils ont appris, cela renforce le processus d’apprentissage des normes culturelles.

La plupart des ETC jouent et fréquentent des écoles avec des enfants de cultures multiples – chacune d’elles met en valeur des choses différentes. Comment vont-ils définir ce qui est réellement le plus important ?

Les « nounous indigènes » : les nounous indigènes qui s’occupent des ETC, transmettent inévitablement leurs propres attitudes culturelles envers les enfants et envers la vie.

Les organisations qui envoient : Beaucoup de parents d’ETC appartiennent à des organismes qui ont leur propre attentes au sujet du comportement et de l’éthique de leurs employés, ainsi que des familles de leurs employés. Ces organismes établissent des règlements qui correspondent à la culture de leur propre pays d’origine, avec parfois des  attentes disproportionnées par rapport à la culture d’origine.

  • Les ETC et leur relation avec la culture dominante autour d’eux.

Voici un autre facteur dominant qui affecte la vie d’un ETC : la nature changeante du type de relations qu’il ou elle établit fondamentalement avec la culture dominante qui l’entoure, que ce soit la culture d’accueil ou la culture d’origine. N’oublions pas qu’un ETC adopte aussi une attitude particulière dans la culture de ses parents, où il ressent souvent un grand stress !

Traditionnellement, les gens utilisent les éléments de la « culture de surface » pour s’identifier en tant que peuple, qui partage les mêmes valeurs profondes. Quand les gens nous ressemblent extérieurement, ou quand ils ont un comportement extérieur qui ressemble au nôtre, nous nous attendons à ce qu’ils aient les mêmes valeurs profondes que nous.

Or un ETC a vécu et voyagé dans divers lieux, où il a connu chaque fois une culture dominante. Partout où il vit, l’ETC rencontre l’une des quatre positions suivantes :

ETRANGER

  • Apparence différente
  • Mode de pensée différent

IMMIGRANT CACHE

  • Apparence semblable
  • Mode de pensée différent

ADOPTE

  • Apparence différente
  • Mode de pensés semblable

MIROIR

  • Apparence semblable 
  • Mode de pensée semblable

 

1 Etranger : il a une apparence différente, et un mode de pensée différent. C’est le modèle type pour un ETC dans une culture d’accueil. Il diffère de ceux qui l’entourent à la fois dans son apparence et dans sa vision du monde. Il sait, et tout le monde sait, qu’il est un étranger.

2 Adopté : il a une apparence différente, mais un mode de pensée semblable. Certains ETC sont extérieurement différents, mais ils ont vécu assez longtemps dans le même lieu, et se sont immergés suffisamment profondément dans la culture, de sorte que leur vision du monde et leur comportement sont les mêmes que ceux des membres de cette culture. Ils sont en général très à l’aise avec la culture environnante.

3 Immigrant caché : il a la même apparence, mais un mode de pensée différent. Quand l’ETC retourne dans sa culture d’origine, il ressemble extérieurement à la majorité des gens. Mais intérieurement, il regarde le monde au travers d’un filtre différent de la culture dominante, comme un étranger. 

4 Miroir :  il a la même apparence, et le même mode de pensée. Ce genre de ETC ressemble physiquement aux membres de la culture d’accueil ; de plus, il a vécu longtemps ici, et il a adopté les niveaux les plus profonds de cette culture. Personne ne se doute qu’il est un étranger, jusqu’à ce qu’il montre son passeport !

Ceci est aussi valable pour un ETC qui a vécu peu de temps à l’étranger, et dont les niveaux profonds de culture sont restés enracinés dans la culture d’origine.

Un ETC change continuellement de catégorie tout au long de son enfance, selon l’endroit où il se trouve. Au fur et à mesure qu’il va et vient d’une culture à une autre, l’ETC apprend les nouvelles règles culturelles, mais il doit aussi comprendre qui il est, en rapport avec la culture environnante.  

Si l’on pousse plus loin l’analyse du tableau ci-dessus, on peut dire que : définir ce rapport est relativement simple pour celui qui est dans les catégories « étranger » ou « miroir ». 

  • Pour « l’étranger » : ni lui, ni les personnes autour ne s’attendent à ce qu’il se comporte ou pense comme eux. Il est admis que cet ETC est différent, donc on ne s’attend pas à ce qu’il agisse ou pense comme tout le monde ! 
  • Pour celui qui est « miroir » : il regarde la communauté et celle-ci le regarde aussi. Les uns et les autres attendent de l’autre qu’il partage les mêmes principes fondamentaux de vie, et c’est ce qui se passe, c’est OK !

 C’est quand un ETC se situe dans les catégories « adopté » ou « immigrant caché » que les attentes des uns et des autres vont être frustrées. A la fois l’ETC et ceux de la communauté environnante s’attendent à ce que l’autre partie soit comme eux pour ce qui est des domaines culturels fondamentaux. 

  • Leurs attentes sont faussées, mais on ne pardonnera pas facilement à « l’immigrant caché » comme on le ferait pour « l’étranger ».
  • Pour celui qui est « adopté » : les membres de la communauté ne remarquent pas qu’au delà des différences extérieures, ce jeune leur ressemble étonnamment à l’intérieur de lui.
  • Les membres de la communauté vont regarder l’« immigrant caché » en supposant qu’il peut accomplir n’importe quelle tâche comme le font ceux qui sont autour de lui.

Ainsi, grandir en milieu transculturel affecte les tentatives de l’enfant de comprendre qui il est en rapport avec le monde qui l’entoure.

(Notre prochain article développera un peu plus les incidences de la mobilité et des transitions dans la vie d’un ETC)

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