Comment le service à court-terme et le service à long-terme, loin de s’exclure ou d’entrer en concurrence, peuvent-ils se compléter ? Comment ces diverses manières de servir et de s’engager avec le Seigneur peuvent-elles se conjuguer pour avancer vers l’accomplissement du mandat laissé par Jésus à Son Eglise « Allez, faites disciples toutes les nations… » Matthieu 28 :19 ?Certains …
Comment le service à court-terme et le service à long-terme, loin de s’exclure ou d’entrer en concurrence, peuvent-ils se compléter ? Comment ces diverses manières de servir et de s’engager avec le Seigneur peuvent-elles se conjuguer pour avancer vers l’accomplissement du mandat laissé par Jésus à Son Eglise « Allez, faites disciples toutes les nations… » Matthieu 28 :19 ?
Certains ont affirmé à la fin du 20e siècle, parfois de façon péremptoire, que le temps d’envoyer des missionnaires à long terme touchait à sa fin. Pour cela, il s’appuyaient sur quelques constats relatifs à l’état de la mission mondiale dans les années 1980, notamment :
- L’essoufflement du christianisme en occident, qui laissait augurer un ralentissement de l’envoi « traditionnel » de missionnaires occidentaux, fers de lance du grand mouvement missionnaire des deux siècles précédents ;
- Une tendance à l’optimisme dans certains milieux évangéliques qui prévoyaient que tous les peuples non-atteints seraient touchés par l’évangile à la croisée de l’an 2000 ;
- Certains échecs, mauvais comportements ou approches erronées, mis en œuvre par des ouvriers occidentaux dans le passé, et spécialement exposés sous les projecteurs depuis la décolonisation et les prises de parole des leaders des églises autochtones.
Or, Jésus affirme dans Matthieu 9 :37 « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le Seigneur de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. »
– Jésus n’a posé aucune restriction sur le type d’ouvriers qu’Il veut enrôler : tous sont les bienvenus pour accomplir Son ordre missionnaire !
– Il n’a pas non plus posé de limite dans le temps pour envoyer des ouvriers, jusqu’à son retour. Dans Matthieu 24 :14, Jésus affirme qu’il faut d’abord que l’évangile soit porté en témoignage à toutes les ethnies de ce monde : « Alors viendra la fin », c’est-à-dire Son retour en gloire sur la terre. Et il reste encore de nombreux groupes ethniques sans accès à l’évangile…
– A notre époque où les moyens de communication, les transports et les technologies facilitent des déplacements multiples dans toutes le directions et dans des temps records, le Seigneur veut utiliser toutes sortes d’ouvriers et ouvrières, issus d’horizons divers, et pour des durées variables. Aussi longtemps qu’ils cherchent Sa face et sont décidés à faire Sa volonté !
Les envoyés à court-terme peuvent être un réel support pour les ouvriers déjà engagés sur le long terme. En outre, de nombreux ouvriers à court-terme découvrent en cours de route que leur vocation peut se prolonger sur plusieurs années, bien au-delà de leur contrat initial ! Voyons quelques éléments de complémentarité entre les uns et les autres.
I Le rôle spécifique des ouvriers à long-terme.
Le Nouveau Testament nous présente de nombreux hommes et femmes qui ont répondu à un appel pour servir le Seigneur, et qui ont engagé toute leur vie, sans retour en arrière. Parmi eux, certains ont été envoyés au loin, dans des circonstances très diverses : choisies ou non, planifiées ou non, et pour des périodes plus ou moins longues.
Pour certains, leurs noms sont cités : les 12 apôtres de Jésus ; Barnabas et Saul ; Timothée et Tite sont les plus connus parmi bien d’autres noms. Mais pour la grande majorité, leurs noms ne sont pas mentionnés, ils font partie de la grande compagnie des « envoyés de Jésus vers le monde », à l’image de ces chrétiens de Jérusalem dispersés par la persécution, qui ont témoigné de leur foi et implanté de nouvelles églises dans des territoires proches ou lointains (voir Actes 8 :1-4 et 11 : 19). Ou encore les disciples formés par Paul dans l’école de Tyrannus à Ephèse, qui ont saturé la province d’Asie mineure avec l’évangile en seulement deux années (Actes 19 :9-10).
Ce que seuls les « missionnaires de carrière » peuvent accomplir :
– Ils ont l’ avantage de bien connaître la culture du pays dans lequel ils travaillent et d’y être intégrés.
Un couple missionnaire « vétéran » (43 ans de mission au Pakistan) témoigne : « En apprenant la langue du peuple parmi lequel nous travaillons, nous avons pu leur communiquer les vérités profondes de l’Evangile, et entrer de manière plus significative dans les modes de pensée et de réaction des Pakistanais. Ainsi, nous avons ici des amis intimes, venant de diverses tribus ; nos vies ont été enrichies sans mesure, et nous avons appris à donner de la valeur à certains aspects de leur culture. » – Par exemple : l’hospitalité, ou la notion du partage, ou encore la solidarité dans les relations familiales.
– Seules des relations de longue durée permettent de développer la compréhension et la profondeur.
Les missionnaires à long terme apprennent à faire les choses d’une manière « non occidentale » !
Dans notre culture européenne, on accorde une grande importance à l’éducation, la formation et les techniques. On valorise nos contributions pratiques dans le domaine de nos compétences. C’est ainsi que beaucoup de missionnaires viennent pour une courte période, ils accomplissent un programme et terminent un projet. Puis ils repartent plus loin, vers un autre projet.
Mais dans les pays du Sud et surtout en zone rurale, on accorde la plus grande valeur à l’expérience et aux relations de longue durée, plutôt qu’à la formation ou aux techniques. « Les gens ont plus d’importance que les programmes ! ». Cela prend du temps, des discussions, et une capacité de pénétrer dans leurs valeurs culturelles pour établir des relations significatives, qui vont se traduire dans le temps par des vies changées.
– Les bénédictions peuvent couler sur la génération suivante.
Quand cela s’avère nécessaire, cette adaptation culturelle s’étend à la deuxième génération de missionnaires, lesquels sont dès le départ mieux préparés à leur vie en expatriation. Ils s’adapteront plus facilement aux conditions de vie précaires ; ils auront une compréhension plus rapide de la culture, une meilleure maîtrise de la langue ; ils sauront souvent mieux apprécier la musique, la poésie, l’art ou encore le savoir-faire du pays.
L’envoi de missionnaires à long-terme comporte aussi ses défis !
Est-il besoin de rappeler que les missionnaires ne sont pas parfaits ? Ils font des erreurs, ils restent des «humains» avec leurs faiblesses. Voici quelques défis courants qu’il faut relever, et qui ont parfois terni l’image que les ouvriers expatriés laissent sur le terrain :
Les conflits internes dans les équipes missionnaires :
Les conflits entre collègues sont régulièrement une cause majeure du départ prématuré d’ouvriers transculturels ; d’autant plus lorsque les équipes missionnaires sont composées de personnes de cultures différentes. Les nouveaux qui arrivent peuvent avoir le sentiment d’être écrasés par la culture des anciens missionnaires ou/et par leur expérience.
D’autres causes fréquentes de retour sont : l’entrée des enfants en niveau supérieur d’éducation; le stress de vivre continuellement dans un environnement antichrétien ; le stress des guerres ou de l’instabilité politique ; les harcèlements quotidiens ; le manque de soutien de la part de ceux qui les ont envoyés et se sont engagés à les accompagner ; etc.
L’individualisme et parfois les « fausses certitudes » des Occidentaux :
De par la formation qu’ils ont reçue, les missionnaires sont souvent arrivés avec des idées très arrêtées sur ce qui va marcher, sur comment gagner les gens à Christ, etc. Pour nous occidentaux, l’un de nos accents majeurs dans l’annonce de l’évangile est notre insistance sur l’individualité et « la prise de décision personnelle » de suivre Jésus.
Or en terrain missionnaire (majoritairement dans les cultures des pays du Sud), il nous faut tenir compte du pouvoir de la famille élargie, et de la force des décisions du groupe. Ainsi, il nous faut souvent revoir et réajuster les méthodes apprises, ainsi que les objectifs fixés.
La question délicate du délai de croissance naturelle d’un leadership autochtone.
Je traite volontairement cette question dans un paragraphe à part, car selon l’approche biblique et les expériences vécues par les uns et les autres, elle peut susciter des avis contradictoires.
– Certains affirment : les missionnaires à long-terme peuvent modeler avec le temps un leadership autochtone efficace, mature et adapté à la culture, qui pourra durer et se reproduire après leur départ.
Amener à la foi en Jésus des personnes et des groupes non-atteints et éloignés des valeurs bibliques, prend souvent du temps ; faire d’eux des disciples matures demande plus de temps ; et former des leaders autochtones qui prennent en mains les jeunes communautés de croyants et développent la vision constitue encore un autre défi !
Tout cela nécessite de l’enseignement, mais aussi d’avoir en action devant soi des modèles vivants, et qui façonnent les comportements de leadership, qui pourront ensuite être reproduits par les leaders autochtones. Il y a donc besoin d’aînés dans le ministère qui restent suffisamment longtemps pour établir une réelle confiance réciproque, jusqu’à ce qu’un leadership local émerge et prenne les choses en mains.
– D’autres voient différemment : ils disent que la présence de missionnaires à long-terme présente un danger trop souvent vérifié dans l’histoire des missions : celui de « rester trop longtemps ».
Quelqu’un a écrit : « Aussi longtemps que les missionnaires occupent les rôles de direction, le leadership national ne se développera pas rapidement. » On peut considérer qu’il existe un plan progressif naturel, biblique et missiologique, selon lequel le rôle du missionnaire passe de : Pionnier à Père puis Partenaire et Promoteur des nationaux – Ce qu’on appelle les 4 »P ».
A chaque leader missionnaire de bien doser le temps qu’il doit rester en tant que conducteur spirituel et d’évaluer le bon moment pour « laisser le volant » aux leaders nationaux. Dans le passé, on a souvent comparé le travail missionnaire à un échafaudage, nécessaire à la construction d’une maison. Force est de constater que dans bien des endroits et des situations, on a laissé l’échafaudage trop longtemps…
Parmi les tendances actuelles pour aborder le peuples non-atteints ou « sans accès », et dans les mouvements qui mettent l’accent sur la multiplication de disciples, on insiste pour que les leaders locaux prennent rapidement la direction des communautés et mouvements naissants, avec un accompagnement externe spécifique et choisi. C’est le modèle que Paul a établi lors de ses voyages missionnaires dans les milieux idolâtres et païens : Voir par exemple Actes 14 :21-23 ou Tite 1 :5-9.
II Les travailleurs à court-terme : enjeux et atouts.
Les gens qui servent à court terme effectuent un travail très valeureux dans certains lieux :
- Ils communiquent de l’enthousiasme à ceux qui les envoient et aux églises de leur pays d’origine ; Ils pourront à leur retour motiver d’autres pour la mission.
- Ils apportent une compétence spécifique dans leur domaine (soins médicaux, installer des ordinateurs, enseigner une langue, etc.).
- Ils peuvent libérer les missionnaires à plein temps de certaines tâches secondaires (courrier, bureau, administration courante, etc. ) facilement délégables et qui ne demandent pas une adaptation culturelle profonde.
- Pour les jeunes : ils vont souvent influencer positivement les jeunes de leur église d’envoi. Pour les plus âgés : ils s’adaptent en général plus volontiers ; ils ont plus de tact et de compréhension dans les relations ; ils sont capables de se priver plus facilement de certaines commodités «occidentales » (fast-food, cinéma, compétitions sportives, réseaux sociaux, etc.) ; Ils savent aussi mieux réparer le matériel ancien que l’on trouve fréquemment sur le terrain missionnaire…
- Pour certains, leur expérience peut leur inspirer d’entrer dans un travail à long terme, pour lequel ils seront déjà préparés.
L’engagement à court terme présente aussi ses limites :
- Peu de missionnaires à court terme peuvent fonctionner de manière efficace, sans un missionnaire à long terme à côté d’eux. Pour ces derniers, cela demande du temps, de l’énergie et de l’investissement personnel.
- Généralement, il faut quelques mois pour traverser la période du choc culturel, et s’ajuster aux réalités culturelles d’un nouveau pays. Cela peut limiter le temps où un travailleur à court terme sera efficace.
- Les ouvriers à court terme sont souvent non motivés pour apprendre la langue, et parfois pour entrer en relation étroite avec les gens.
- Comme ils sont fortement motivés pour accomplir le programme et les objectifs qu’ils ont en tête, ils peuvent être moins sensibles aux relations endommagées avec les autochtones ou avec les autres missionnaires.
- Etant souvent convaincus que la manière occidentale de faire les choses est « la manière biblique », ils peuvent laisser paraitre un sentiment de supériorité, et se montrer très critiques à l’égard des différences culturelles. Il faut du temps pour apprécier les qualités d’une culture différente !
- Dans certaines cultures traditionnelles et selon certaines valeurs religieuses, ceux qui restent peu de temps ont souvent tendance à réagir contre certains traits culturels marqués (ex : le statut de la femme ; la position des enfants ; certains plis religieux dans les pratiques des églises ; etc.). Ils n’ont pas le temps de percevoir les bons côtés de cette société, et auront tendance à juger les coutumes locales. (A noter que ce dernier point peut tout aussi bien affecter les missionnaires à long terme)
Un piège qui apparaît de plus en plus parmi les missionnaires à long terme comme à court terme, est l’indépendance.
De plus en plus de missionnaires arrivent sur le champ missionnaire, sans être envoyés par une mission reconnue, seulement recommandés par leur église locale. A priori, cela n’est pas un obstacle en soi ; mais les choses doivent être bien anticipées et gérées, dans le cadre de partenariats bien définis entre églises d’envoi et églises ou terrains qui accueillent.
Beaucoup de missionnaires « isolés » se découragent très vite, n’ayant pas le soutien d’une agence missionnaire ; et leur église d’envoi, souvent éloignée des réalités du terrain missionnaire, ne sont pas en mesure de répondre à leurs besoins. Plusieurs abandonnent par manque de communion, d’encouragements, et de reconnaissance sur le terrain. Ils repartent sans avoir apporté une contribution significative dans le pays.
Je me permets d’insister ici pour que les nouveaux missionnaires (cour-terme ou long-terme) arrivent sous le couvert d’une organisation missionnaire ou d’une organisation para ecclésiale ou d’une église d’envoi qui connait bien les interlocuteurs autochtones sur le terrain. Cela est essentiel pour que les envoyés soient aidés dans leur orientation, leur étude de la langue, leur adaptation à la culture, et au bénéfice des conseils nécessaires et de l’encouragement.
(Plusieurs articles sur ce site traitent en détail de ces questions dans la rubrique MEMBERCARE ou Accompagnement missionnaire)










