Le mouvement des missions à court terme a pris de l’ampleur dans le monde chrétien à partir des années 1970, notamment dans le monde anglophone. En 2003, une étude américaine estimait à plus de 1 million le nombre de personnes qui partaient chaque année pour un service missionnaire à court terme, principalement des jeunes. Le …

Le mouvement des missions à court terme a pris de l’ampleur dans le monde chrétien à partir des années 1970, notamment dans le monde anglophone. En 2003, une étude américaine estimait à plus de 1 million le nombre de personnes qui partaient chaque année pour un service missionnaire à court terme, principalement des jeunes. Le phénomène n’a fait que s’amplifier et s’est étendu à tous les continents.

Les raisons de cette expansion sont multiples, on trouve notamment les éléments suivants :

  • des raisons « techniques » évidentes, avec le développement des moyens de transports et de communications sur l’ensemble du globe terrestre.
  • le fait que l’on peut à ce jour voyager relativement à bas prix vers de nombreuses destinations.
  • l’engagement de nouveaux missionnaires à long terme est devenu plus difficile dans de nombreux pays occidentaux, et pour ceux qui partent, le processus est devenu plus long. Il commence souvent par un voyage court-terme, se prolonge par une formation missionnaire et théologique plus complète, pour se concrétiser ensuite par un départ à long terme. 
  • dans de nombreux contextes, on a constaté que les missionnaires à court-terme peuvent être très efficaces et très appréciés ; c’est un nouveau concept du service missionnaire qui s’est développé dans la fin du 20e siècle.
  • La tendance générationnelle doit aussi entrer en ligne de compte : les générations nées depuis les années 60 sont de plus en plus mobiles, avides de découvrir le monde, et beaucoup de jeunes se définissent comme « citoyens du monde ».

I/  Les missionnaires « court-terme » : Qui sont-ils ? Que font-ils ?

  • On doit faire la différence entre : 

– Ceux qui partent pour une période de deux semaines à quelques mois, pendant le temps de leurs vacances annuelles par exemple. Souvent, ces personnes partent en groupe.

– Ceux qui partent plusieurs mois, voire un an et jusqu’à deux ans (par exemple : des professionnels qui prennent un temps sabbatique ; des retraités ; de jeunes volontaires ; etc.) pour un objectif bien précis, en accord avec leur église et/ou une agence missionnaire et/ou une équipe missionnaire sur le terrain.

  • On distingue différents types de services à court terme :

– Le voyage « découverte mission » de quelques semaines : un groupe de quelques personnes part découvrir un terrain missionnaire ou des églises sont déjà implantées et vivantes ; souvent ils rejoignent sur le terrain une équipe missionnaire permanente ou sont reçus par des églises autochtones dans le cadre d’un partenariat spirituel.

– Le voyage de prière et d’intercession dans une région non atteinte ou parmi un peuple peu évangélisé ; dans ce cas, les contacts avec les chrétiens locaux sont inexistants ou très discrets, on est en « mission pionnière ».

– Le voyage de prospection parmi les non-atteints ; il peut ressembler au voyage de prière ou être plutôt orienté vers les contacts avec la nouvelles culture et divers interlocuteurs ou facilitateurs potentiels.

– Le remplacement d’une famille missionnaire qui rentre en congés dans son pays d’origine pour quelques mois.

– Le voyage dans un pays où les chrétiens sont persécutés et/ou isolés : pour emmener de la littérature ou pour des contacts en secret ou autres. Ce type de voyage peut être à haut-risque.

Tous les types mentionnés précédemment sont en général très courts, ils durent quelques jours ou quelques semaines tout au plus.

– D’autres partent pour un service précis et une durée limitée (entre trois mois et deux ans), les possibilités sont très nombreuses, selon la destination et les objectifs. On peut citer : contribuer l’aide technique dans un projet de développement ou humanitaire ;  assurer la scolarité d’enfants de missionnaires – mettre en place une structure de formation – et bien d’autres possibilités.

– Je mentionne encore ceux qui mettent plusieurs mois ou une année à part pour un service transculturel, qui allie des périodes de formation biblique personnelle et missionnaire avec d’autres périodes de service pratique auprès d’œuvres missionnaires. C’est le cas de nombreux jeunes chrétiens qui partent en école de disciples avec une organisation internationale comme Jeunesse en Mission ou Opération Mobilisation ou autres.

II/  Réflexions pour ceux qui partent en service missionnaire à court-terme.

Ces points de réflexion sont destinées à clarifier les motivations de ceux qui partent, et à les aider à anticiper sur des questions qui surgissent lors d’un séjour court-terme.

1/ Ceux qui partent doivent se considérer comme des « apprenants ». Ils vont avant tout pour apprendre sur le terrain, même si certains vont pour apporter un leur savoir-faire.

2/ Les missionnaires à court terme doivent comprendre qu’ils sont des « invités », et non des spécialistes. On ne doit pas donner l’impression aux frères et sœurs autochtones (là où ils sont présents) qu’on leur apporte l’Evangile pour la première fois et penser qu’ils sont ignorants de tout (parfois et selon les lieux, l’Evangile a déjà été annoncé ici depuis des décennies).

3/ Les missionnaires à court terme doivent être conscients qu’il est dangereux de donner des réponses simplistes à des questions culturelles complexes. 

En tout lieu, les gens vivent avec leurs traditions, une certaine éthique concernant le travail, le mariage, et autres pratiques sociales ; dans les églises, ils ont adopté une certaine expression de la foi, une forme de culte et d’adoration, etc. qui correspondent à leur culture. Les missionnaires à court-terme (surtout les jeunes) ont généralement peu de compréhension des notions transculturelles. Ils devront donc apprendre à observer, respecter et questionner au bon moment, afin de comprendre et apprécier la vision du monde de l’autre, sans jugement et en évitant au maximum les comparaisons avec leur propres références culturelles.

4/ Les missionnaires à court terme doivent comprendre que leur témoignage personnel est valable, mais qu’il doit être partagé avec sagesse. Leur témoignage n’est pas la norme pour le monde entier ! Il est important qu’ils soient prêts à écouter, à démontrer qu’ils veulent apprendre avant de parler !

5/ Il est important de prévenir les missionnaires à court terme que ce qu’ils sont est bien plus important que ce qu’ils font. Ne nous laissons pas prendre au piège de vouloir « laisser une trace derrière soi » ni vouloir « prouver quelque chose à notre retour ». 

6/ Chaque missionnaire à court terme doit être averti des difficultés posées par notre richesse relative comparée à celle des personnes que nous visitons. Ce point peut être très sensible, aussi bien pour ceux qui partent sur le terrain missionnaire que pour ceux qui les accueillent. La plupart des terres de mission sont des endroits pauvres, qui présentent non seulement de grands besoins sur le plan spirituel, mais également dans bien d’autres domaines (éducation, santé, développement, formation et travail, etc. Selon leur milieu d’origine et leur sensibilité, les jeunes missionnaires à court-terme pourront ressentir les choses de façon inappropriée ou extrême.

  • certains vont se sentir submergés par une immersion brutale dans un monde où la pauvreté est omniprésente ; 
  • d’autres vont vouloir réagir à tout prix, avec tout ce qu’ils ont sous la main ; 
  • d’autres encore vont penser qu’on peut rapidement résoudre certains problèmes avec « notre argent occidental ».
  • etc. 

Je ne veux pas répondre de façon simpliste à ces enjeux très personnels et profonds qui demandent une profonde analyse ; voici quelque premières pistes de réflexion très simples :

Il est essentiel de distinguer entre pauvreté relative et pauvreté absolue. Les gens vivants dans une pauvreté absolue ont certainement besoin d’une aide extérieure pour survivre. Et il faut entreprendre des actions en conséquence. La pauvreté relative touche les personnes qui ne peuvent pas mener le même train de vie que nous, mais elles sont néanmoins capables de vivre décemment dans la société et l’environnement où Dieu les a placées (certains affirment même : « Nous ne savions pas que nous étions pauvres jusqu’à ce que quelqu’un de l’extérieur nous le dise »). 

C’est là qu’il y a un danger de créer des dépendances financières artificielles. Les travailleurs à court-terme (comme ceux à long-terme) doivent apprendre à gérer cette tension constante entre la compassion et l’autonomie des personnes. Il s’agit de démontrer un amour concret (voir par exemple 1Jean 3 :16-18) tout en rendant les personnes autonomes et responsables de leur avenir. La compassion ne doit pas les amener à faire pour les autres ce que ceux-ci peuvent et doivent faire pour eux-mêmes. La difficulté est parfois de savoir où se situe la frontière entre pauvreté absolue et relative.

7/ Assurez-vous des motivations qui vous poussent à entreprendre un voyage missionnaire à court terme ! Pour être efficace dans des missions à court terme, ayons dès le départ une  « attitude juste». Celle-ci, combinée avec une bonne formation à la sensibilité culturelle, peut donner à chacun (missionnaires à court-terme et communautés autochtones) une expérience très positive. 

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