Bénéfices et Défis dans la relation de mentoratDans ce troisième article de présentation du mentorat spirituel, j’aborde les bénéfices que procure la relation de mentorat quand elle est bien appliquée. J’évoque ensuite des dangers inhérents à ce type de relation, certaines objections légitimes faites notamment par des pasteurs et responsables d’églises en charge ; et j’essaie …

Bénéfices et Défis dans la relation de mentorat
Dans ce troisième article de présentation du mentorat spirituel, j’aborde les bénéfices que procure la relation de mentorat quand elle est bien appliquée. J’évoque ensuite des dangers inhérents à ce type de relation, certaines objections légitimes faites notamment par des pasteurs et responsables d’églises en charge ; et j’essaie d’y répondre. 

Rappelons notre objectif : le mentorat offre des possibilités multiples pour la croissance des responsables et leaders chrétiens, et pour la progression du Royaume de Dieu dans ce monde.

I Quelques avantages que l’on retire du mentorat spirituel.

1° Une communion personnalisée : le mentor est en relation étroite avec le mentoré, qu’il désire faire grandir. Il lui transmet son expérience, sa sagesse, sa connaissance, ce qu’il est devenu lui-même au fil du temps. On peut l’aborder en toute confiance, il est un ami vers lequel on peut se tourner en toute situation pour recevoir de l’aide.

2° Un modèle (surtout quand les référents et les références font de plus en plus défaut) : Nous apprenons mieux en regardant la démonstration faite par quelqu’un d’expérimenté et mûr dans le ministère. Le mentor exerce une influence bénéfique sur celui qu’il accompagne. L’Eglise a besoin de mentors en phase avec les dirigeants et les ministères, pour assurer une transmission de la vérité « en parole et en actes », d’une génération à une autre.

3° L’écoute et la sécurité : Dans un monde où tout va très vite, les personnes en responsabilité doivent prendre des décisions importantes pour eux-mêmes, leur famille, leurs collaborateurs, leur organisation, etc., parfois en un temps très court. 

Ils ont besoin de personnes qui savent écouter avec attention et avec une certaine distance, sans préjugé ni jugement, sans désir de les manipuler ou leur imposer une manière de faire ; mais des personnes qui veulent les aider à prendre de la hauteur, analyser les paramètres et les situations, examiner diverses pistes et solutions possibles, trouver les réponses et les ressources nécessaires, dans un cadre de relation où ils se sentent en sécurité.

« Chaque leader est jusqu’à un certain point un homme seul, qui essaie souvent de tenir bon au milieu des conflits, des critiques et des voix intérieures du doute et du découragement, avec toutes les tentations communes à notre condition humaine. Pour les responsables de ministères, le stress est amplifié par la crainte que les autres découvrent ce que nous vivons » (Martin SANDERS). 

Ces leaders ont tout simplement besoin de trouver une personne authentique avec laquelle ils peuvent eux-mêmes être authentiques !

4° Une certaine « direction » : Le mentor n’a pas pour fonction de diriger le mentoré ni lui fournir des solutions toutes faites. Il n’est pas un directeur de conscience.

Cependant, par ses questions et sa posture, il peut aider le mentoré à trouver son orientation, et lui éviter de suivre de fausses pistes. Il va par exemple demander : « Quelles sont tes priorités ? » et « Comment puis-je t’aider ? » – La définition des priorités est primordiale. Ensuite, le mentor pourra contribuer à mettre en place un plan d’action, ou procurer des moyens d’atteindre les objectifs (en introduisant un peu de coaching !).

Souvent, un obstacle majeur pour un jeune responsable est de ne pas connaître l’étape suivante de son processus de vie. Un mentor l’aidera à trouver la meilleure orientation, à baliser son sentier au bon moment. Cela ne peut se réaliser que dans le cadre d’une relation étroite, avec quelqu’un qui a l’expérience du terrain.

5° Un moyen de renforcer l’intimité avec Dieu et devenir une meilleure personne : Tout ce qui précède a pour finalité ultime de renforcer la relation du mentoré avec le Seigneur pour qu’il progresse dans toutes les dimensions de sa personne. Le mentorat renforce « l’être » ! Le mentor chrétien a constamment le souci d’amener celui qu’il accompagne à Christ et au Père, pour :

  • qu’il reconnaisse l’action de Dieu dans sa vie ;
  • qu’il écoute mieux et discerne la voix de Dieu pour lui-même ; 
  • qu’il progresse dans son intimité avec Dieu ;
  • qu’il grandisse dans la sainteté intérieure et dans le caractère ;
  • qu’il prenne les meilleures décisions pour sa vie et son service pour Dieu.

II Des objections courantes et légitimes au mentorat…

1ère objection : certains « mentors » sont mis (ou se mettent eux-mêmes) sur un piédestal ; ils pratiquent un mentorat « pyramidal », ils sont considérés comme étant « au-dessus » ou « super spirituels » par leurs mentorés, qui deviennent de plus en plus dépendants d’eux. C’est un risque réel, on a des exemples concrets dans toutes les époques de ce genre d’abus.

Voici trois éléments de réponse : 

– d’une part, le mentorat que nous préconisons ici n’est en rien pyramidal ni élitiste. Les mentors sont certes des gens d’expérience, mais ils restent des hommes et des femmes « de la même nature » que ceux et celles qu’ils accompagnent. Un vrai mentor reste humble, dépendant de la grâce de Dieu, agissant dans un esprit de serviteur. Il ne cache pas au mentoré ses propres combats, les échecs passés qui l’ont aidé à se construire, et parfois les faiblesses contre lesquelles il lutte encore. Il conduit les autres à Christ, jamais à lui-même !

– d’autre part, un mentor ne doit jamais « naviguer » seul ! Un mentor est particulièrement attentif à la volonté de puissance, de dominer ou manipuler, qui est présente dans chaque cœur humain, de façon plus ou moins subtile. Dans divers articles de ce site, nous abordons les « Communautés de mentors » (un lieu où des mentors en exercice choisissent de se retrouver et échanger sur leurs pratiques, dans un climat de redevabilité mutuelle) ainsi que la notion de supervision individuelle (pratiquée couramment par les thérapeutes, conseillers en relation d’aide, psychologues, etc.). Ce sont de bons moyens pour les mentors de ne pas tomber dans un mentorat « qui contrôle ».

– pour les mentorés eux-mêmes, nous préconisons un « mentorat entre pairs » et nous définissons le « mentorat à 360° » qui élargit sensiblement la pratique du mentorat, et permet de prévenir des abus potentiels (voir notre point III ci-dessous).

La 2e objection concerne divers préjugés que les uns et les autres expriment en ce qui concerne le principe du mentorat : Est-ce vraiment biblique ? Pourquoi le mot « mentorat » ne figure-t-il pas dans le jargon des écrivains du Nouveau Testament ? D’autres ont perçu ou vécu  le mentorat de façon négative dans le milieu professionnel par exemple, et ils ne veulent surtout pas transférer ce modèle « du monde » dans la communauté des croyants !

Toutes ces remarques sont tout à fait audibles ; voici quelques éléments de réponse :

– Même si le mot mentor n’est pas directement cité dans le texte biblique, les exemples de mentorat sont nombreux dans l’ancien comme le nouveau Testament, mais ils ne sont pas qualifiés ainsi. Comme exemples, on peut étudier les relations Moïse/Josué ou Jésus avec les douze ou Paul/Timothée, parmi beaucoup d’autres.

– Le mentorat s’est effectivement beaucoup développé dans le milieu séculier et professionnel en Francophonie, plus vite que dans les églises ; et parfois avec des techniques ou des apports de « développement personnel » étrangers voire opposés aux principes bibliques. Il n’en demeure pas moins qu’on peut mettre en œuvre dans le monde chrétien un mentorat tout à fait conforme à l’enseignement biblique et à la pratique des hommes et femmes de la Bible. Voir notre rubrique « Pratique du mentorat » sur ce site.

Une 3e objection vient principalement du corps pastoral des églises locales : le mentorat ne vient-il pas concurrencer le rôle de formateurs qu’ont les pasteurs ou anciens aînés vis-à-vis des jeunes leaders en formation ? Si un jeune en formation a un mentor externe à l’église locale, ne sera-t-il pas à certains moments en porte à faux entre des avis divergents ?

Ces craintes sont tout à fait légitimes. Effectivement, si le mentorat est mal compris ou mal exercé, il peut devenir une concurrence malsaine au leadership local. On peut même arriver à une certaine rivalité entre le suivi pastoral et le mentorat. J’essaie de répondre, sachant que beaucoup de problèmes se règlent quand chacun connait bien son domaine de responsabilité et respecte les limites de son contrat :

– Les limites et la définition du mentorat et du rôle du mentor doivent être bien posées ; si un jeune en formation ou un ministère souhaite un mentor externe à l’église locale (ce qui est souvent très bénéfique pour avoir un regard différent) le contrat de mentorat doit être écrit, précis, et poser les limites du rôle du mentor. Ce contrat doit être présenté au conseil local et validé par celui-ci, sinon on s’expose effectivement à des conflits d’influence.

– Personnellement en tant que mentor de plusieurs jeunes pasteurs ou stagiaires en formation dans l’église locale, je n’interviens pas dans les  décisions de gouvernance locale. Si un mentoré me demande un avis ou un conseil à ce sujet, je peux le faire réfléchir sur diverses orientations possibles, mais je le renverrai toujours vers les autorités locales avec lesquelles il doit trancher ces questions.

– Mentorat et leadership local ne sont donc pas en concurrence ; le mentorat tel que nous le définissons et souhaitons le pratiquer est une valeur ajoutée ! L’essentiel de la formation des futurs leaders, ministères, etc. se passe dans la pratique locale et avec les responsables locaux. Mais le fait de pouvoir échanger, parfois « se déverser » sur quelqu’un en qui on a confiance, qui n’est pas impliqué émotionnellement dans notre situation et pour qui il n’y a pas d’enjeu d’autorité, est une opportunité souvent libératrice, parfois guérissante pour des jeunes en progression. Et chacun y gagne, pour les progrès de la communauté locale ! 

Je pourrais donner de multiples témoignages à ce sujet, avec maintenant 10 années de pratiques et de recul.

III Quelques éléments complémentaires.

La relation de mentorat doit faire l’objet d’une vigilance permanente, pour éviter tout excès ou abus, d’un côté ou d’un autre. Pour terminer, je complète avec deux éléments. 

  • Le mentorat à 360 degrés.

Voici une image qui résume ce qu’on appelle le mentorat à 360°. Au centre de la croix, se trouve le jeune responsable en formation ou stagiaire ou en exercice. Donc :

  • il bénéficie d’un mentor (ou plusieurs selon les cas et les besoins), c’est à dire de l’appui d’une personne choisie, plus expérimentée que lui (en-haut) ;
  • il a lui-même un ou plusieurs mentorés ; cela signifie qu’il apprend le rôle mentoral auprès de personnes moins matures que lui (en bas) ;
  • il met en place un mentorat « entre pairs », c’est-à-dire qu’il développe quelques relations étroites et mutuellement choisies avec d’autres jeunes leaders en formation comme lui ; ils sont sensiblement au même niveau de maturité personnelle et de croissance dans leur ministère ; ils ont construit une amitié et choisissent une redevabilité mutuelle ;

Ces « pairs » peuvent être dans la même église ou mouvement, ce sont les pairs en interne (à gauche) ; ou dans un autre mouvement d’église, parfois à l’étranger, ce sont des pairs en externe (à droite).

Une telle configuration est très bénéfique, elle permet de vivre plusieurs facettes du mentorat. Elle est source d’équilibre, elle permet aux jeunes responsables, jeunes pasteurs, futurs ministères dans l’Eglise, de grandir harmonieusement et d’apprendre à plusieurs niveaux en même temps. Nous encourageons particulièrement le mentorat entre pairs, qui développe des amitiés saines entre ministères, sources de motivation et d’encouragements mutuels. Comme écrit plus haut, le mentorat à 360° peut être un bon rempart à toute forme d’excès.

Mentorat et émergence du leadership

Dans son excellent ouvrage « La croissance du leader », Robert CLINTON décrit six étapes successives du développement d’un leader chrétien, depuis les fondations souveraines jusqu’à la convergence et la satisfaction. Il développe ce qu’il appelle la théorie de l’émergence du leadership : 

« Dieu fait grandir un leader tout au long de son existence. Ce développement dépend de l’utilisation d’événements et de personnes qui donneront au leader des leçons de leadership (c’est le temps de la transformation) et de la réponse du leader ».

Je souhaite seulement relever un point de cette définition et de l’étude très riche de CLINTON : le développement du leader est lié à des circonstances et à des personnes, qui vont l’aider à assimiler certaines « leçons de leadership » que le Seigneur Lui-même orchestre, dans un but d’apprentissage et de maturation.

Les mentors font partie de ces personnes qui peuvent concrètement aider des leaders émergents à :

  • bénéficier de tout ce que le Seigneur veut leur enseigner de manières multiples,
  • les aider à avancer dans ce qui est un long processus de formation ;
  • garder une vision sur le long terme : la durée de tout une vie !

(Pour compléter cette étude : vous pouvez lire les articles précédents : « Qu’est-ce que le mentorat spirituel I et II)

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