Mobiliser la Génération Z pour la MissionPour aborder ce sujet, je mets en parallèle deux faits tragiques et récents de l’histoire missionnaire. Il me parait intéressant d’utiliser cette comparaison pour montrer comment le regard sur la mission chrétienne a rapidement évolué en 70 ans, aussi bien dans la mentalité des chrétiens occidentaux que dans la …
Mobiliser la Génération Z pour la Mission
Pour aborder ce sujet, je mets en parallèle deux faits tragiques et récents de l’histoire missionnaire. Il me parait intéressant d’utiliser cette comparaison pour montrer comment le regard sur la mission chrétienne a rapidement évolué en 70 ans, aussi bien dans la mentalité des chrétiens occidentaux que dans la société environnante postmoderne et dite « postchrétienne ».
Un rappel : ceux qui font partie de la Génération Z sont nés entre 1995 et 2010. C’est une génération ultra-connectée.
« Il n’est pas si bête, celui qui donne ce qu’il ne peut garder pour obtenir ce qu’il ne peut perdre »
Le 8 janvier 1956, cinq jeunes missionnaires évangéliques américains périssaient en Equateur en essayant d’évangéliser la tribu indienne HUAORANI, au moyen de divers ministères connus sous le nom de « Opération Auca ». Le massacre de ces jeunes gens avait suscité une vive émotion parmi le monde évangélique et missionnaire, mais aussi dans toute la société nord-américaine, mettant les cinq jeunes hommes parmi les héros-martyrs de la foi, dans la longue histoire de la mission chrétienne. Dans son édition du 30 janvier 1956, l’hebdomadaire séculier « LIFE Magazine » avait consacré 10 pages à la mission et au meurtre des cinq jeunes missionnaires.
Parmi les cinq se trouvait Jim ELLIOT, jeune père de famille de 29 ans, connu pour son engagement à apporter l’évangile aux peuples non-atteints d’Amérique latine. Dans sa note de journal du 28 octobre 1949, Il exprimait sa conviction que le travail de mission était plus important que sa vie. Il avait écrit : « Il n’est pas si bête, celui qui donne ce qu’il ne peut garder pour obtenir ce qu’il ne peut perdre » (reprenant une citation d’un prédicateur anglais du 17e siècle).
Le martyr de Jim ELLIOT a marqué toute une génération ; Il a été largement répandu par les écrits et au témoignage de son épouse Elisabeth, elle-même considérée comme l’une des chrétiennes américaines les plus influentes du 20e siècle (elle est décédée en 2015).
« Américain tué par la tribu des Sentinelles : l’Inde appelée à laisser le corps sur l’île »
Ce titre est paru dans le quotidien français « Le MONDE » du 28 Novembre 2018. L’article continue ainsi : « John CHAU, 26 ans, a péri sous les flèche des Sentinelles à la mi-novembre, une tribu considérée comme la plus isolée de la planète… Si cette affaire a déclenché un déluge mondial de critiques sur sa démarche, la fin du jeune Américain en a fait un « martyr » pour une partie des milieux évangéliques américains. D’après eux, sa mort l’inscrit dans la longue lignée des missionnaires tués au cours des siècles en voulant répandre le christianisme. »
En effet, ce jeune croyant évangélique était davantage qu’un globetrotter aventurier. Son rêve était d’apporter le salut en Jésus-Christ à cette tribu isolée et sans accès à l’évangile, qui occupe les Îles Andaman-et-Nicobar, au large de l’Inde. Dans son journal de bord, tenu jusqu’à ses dernières heures, Il révélait que son projet était préparé de longue date et en cachette « au nom de Dieu ». Il avait rejoint l’année précédente l’organisation missionnaire « All Nations », avec qui il avait suivi une formation missionnaire.
Faut-il encore chercher à « convertir les personnes » à Christ ?
Que s’est-il passé dans l’approche de la mission chrétienne entre 1956 et 2018 ? Face à des faits similaires (la mort de jeunes chrétiens engagés à apporter l’évangile à des tribus non-atteintes), comment expliquer un tel changement d’attitude, notamment parmi le peuple de Dieu ?
Voici un élément d’analyse apporté par le journaliste A. STETZER : « Il y a certainement de grandes différences entre ELLIOT et CHAU, mais ce qui a changé c’est surtout la culture. Les gens sont aujourd’hui beaucoup plus négatifs en ce qui concerne les missions, en partie à cause des erreurs commises par les missionnaires : colonialisme, manque de sensibilité culturelle, et autres. Mais ce que beaucoup remettent en cause, c’est l’objectif même de « convertir les personnes ».
Voici un autre avis émis par un responsable évangélique : « Beaucoup regardent maintenant la mission chrétienne comme l’affaire de « Sauveurs blancs évangélistes » qui exportent avec passion leur version occidentale et restreinte de la Foi évangélique, plutôt que de mettre en œuvre des compétences interculturelles ».
- Voici quelques éléments contemporains qu’il nous faut honnêtement admettre et intégrer :
1° Le contexte postchrétien voire antichrétien est de plus en plus prononcé en Occident. De manière générale, de plus en plus de personnes se disent « sans religion » ou encore « spirituelles mais non religieuses » et attirées par des croyances alternatives. Elles opposent la religion (synonyme de dogmes, institutions, contraintes, voire violence, crimes, fanatismes, abus divers) avec la spiritualité qui incarne le côté positif de la religion.
Aux USA, le pourcentage des évangéliques chute régulièrement (exemple : en 2022, seulement 4% de la génération Z se reconnait dans une « Vision du monde biblique »). En Europe de l’ouest, la tendance est à une croissance lente de la minorité évangélique (entre 2 et 5% de la population totale selon les pays). Mais la « voix des chrétiens » est de façon générale de moins en moins entendue…
Cela signifie que des jeunes ayant une foi solide, prêts à s’engager pour la mission, vont rencontrer beaucoup plus d’opposition à leur appel qu’autrefois.
2° D’autres parlent d’un âge « post-mission » : La vision des missions mondiales change, au sein d’une culture globalement de plus en plus antichrétienne. On a vu cela lors de la mort de John CHAU en 2018, racontée en début d’article.
Les milieux chrétiens sont eux-aussi influencés par la culture « post-mission » : l’histoire de la mission chrétienne est souvent assimilée avec colonialisme, manque de respect des cultures autochtones, abus en tous genres. Ce qui a été parfois une réalité, mais pas toujours et pas partout !
Ainsi, les jeunes adultes demandent aujourd’hui des conversations honnêtes à ce sujet, et c’est tout à fait juste. Nous Eglise chrétienne du 21e siècle, devons faire une auto-critique honnête et approfondie du passé (quand cela n’a pas encore été effectué), et nous repentir sincèrement là où nous avons failli et péché ; sans accuser nos prédécesseurs qui travaillaient avec un tout autre arrière-plan que nous aujourd’hui. Nous devons aussi confronter cela avec les leaders et croyants des églises qui ont grandi sur les anciens champs de mission, quand cela s’avère nécessaire.
De même, pour mobiliser les jeunes générations aujourd’hui, il ne suffit pas que 2 ou 3 missionnaires du terrain passent dans l’église locale pour un culte, chaque année : l’assemblée elle-même doit cultiver activement un cœur pour la mission. C’est le sens des partenariats contemporains (que nous développons dans la rubrique « Mobiliser pour la mission » de ce site.)
3° Quelques différences majeures entre générations concernant les valeurs du ministère.
Le tableau ci-dessous compare très succinctement 2 ou 3 valeurs qui nous aident à mieux comprendre certains décalages existants entre les générations :
Valeurs « historiques » de la mission | Valeurs des générations milléniales |
L’évangélisation est une valeur forte, avec comme objectif : « gagner des âmes ». | La tolérance et le relativisme ambiants poussent au respect des croyances de l’autre, sans remettre en question ses perspectives. Tout doit être « accepté » ! |
Evangéliser en pensant faire changer les croyances de l’autre signifie violer les normes culturelles des générations milléniales. | |
Mentorat et formation sont exécutés par les missionnaires aînés, qui doivent prendre en compte les valeurs nouvelles. | On se passionne avant tout pour l’engagement envers la justice sociale et l’aide humanitaire. |
- Voyons aussi de nouvelles opportunités pour mobiliser les jeunes :
1° Ceux qui choisissent la Foi chrétienne aujourd’hui s’engagent de manière plus marquée : ils risquent une persécution sociale à cause de leur décision. Alors que l’influence du christianisme diminue sans cesse dans la société occidentale, ceux qui s’engagent dans la Foi chrétienne sont exposés. Ainsi aux USA, l’Institut de recherches et sondages BARNA écrit : « Il existe une contre-culture qui représente 10% des jeunes chrétiens dont la foi est robuste et vibrante ». Nous devons encourager et équiper ces jeunes résilients dans cette période de l’histoire.
2° Tenir des conversations honnêtes : les jeunes veulent savoir « Pourquoi ? ». Ils vivent dans un temps de déconstruction de la culture, de l’identité, de l’histoire et des idées. Ils veulent comprendre le rôle de l’Eglise et des missions dans l’histoire. Ils veulent identifier les erreurs du passé pour apprendre, et non pour dénigrer ou accuser.
Acceptons des discussions franches, avec humilité, courage et réflexion. Cela permettra aux jeunes d’être en contact avec des leaders expérimentés et ouverts.
3° Accueillir des collaboration innovantes : les jeunes sont formés à la collaboration et sont ouverts aux idées nouvelles. Les Z sont bien placés pour entrer dans un effort global collaboratif, qui lève des missionnaires partout pour aller partout ! Ils sont équipés pour la saison qui pointe, avec leur sens de l’innovation, de la collaboration et leurs connexions multiples.
- Stratégies pour poursuivre la mission avec la Génération Z :
1/ Renforcer les relations : C’est par les relations que la confiance et le respect se gagnent aujourd’hui. Les jeunes répondent à ceux qui prennent attention à eux, qui sont honnêtes et sincères.
- Plus on investit dans les jeunes, plus on gagne le droit d’être écouté et de les encourager dans leur appel et leurs dons ;
- Les jeunes leaders recherchent des aînés expérimentés qui marchent avec eux, qui les aident à avancer dans leurs doutes, leurs questions et leurs espoirs. Sans les dominer ni leur dire ce qu’ils doivent faire !
2 Apporter des expériences et des histoires : le modèle d’enseignement « EPIC » fonctionne pour inspirer et impliquer les Z dans leur engagement. EPIC = Expérience – Participation – Images – Connections.
- Expérimenter et participer sur le terrain donne des opportunités pour faire naître la passion ;
- Voir des Images et entendre des Histoires en se connectant avec des missionnaires permettent aux besoins de devenir concrets.
3 Toujours maintenir des conversations honnêtes : Parlez avec les jeunes autour de vous sur leur regard envers la mission. Encouragez leurs questions, leurs idées, sans être défensifs. Parlez avec eux du passé, du présent et du futur de la mission, aussi bien que des buts de la mission.
De nouvelles perspectives, de nouvelles passions et de nouvelles idées naissent dans cette saison qui avance. Nous devons engager les jeunes leaders dans ce processus pour discerner ce que Dieu veut pour eux et pour qu’ils connaissent Son cœur pour la mission mondiale.










