L’accompagnement des missionnaires ou Membercare Qu’est-ce que le « MEMBERCARE » (textuellement « le soin des membres ») ou « Accompagnement des Missionnaires » ? Pourquoi est-il nécessaire ? Qui doit le pratiquer ?Notre source principale est le livre « Doing Membercare Well »- Kelly O’DONNELL 2002Quelques constats en introduction :David POLLOCK écrivait en 1997 : « La plupart des retours prématurés de mission, avec le « gaspillage » que cela représente …
L’accompagnement des missionnaires ou Membercare
Qu’est-ce que le « MEMBERCARE » (textuellement « le soin des membres ») ou « Accompagnement des Missionnaires » ? Pourquoi est-il nécessaire ? Qui doit le pratiquer ?
Notre source principale est le livre « Doing Membercare Well »- Kelly O’DONNELL 2002
Quelques constats en introduction :
David POLLOCK écrivait en 1997 : « La plupart des retours prématurés de mission, avec le « gaspillage » que cela représente en personnes et en ressources, est liée à nos manques, pour intervenir de façon appropriée, aux bons endroits, dans la vie des missionnaires ou de leurs familles. »
On estimait qu’il y avait alors dans le monde entier environ 400.000 ouvriers chrétiens impliqués dans le travail transculturel (Barrett 1997). Parmi eux, 3,1% rentraient prématurément chaque année du champ de mission, soit environ 12 000 ouvriers, dont la défection aurait pu être évitée. Ces chiffres montrent la nécessité de soutenir les gens sur le champ, à long terme. (Source : « Too valuable to lose » – William D. Taylor 1997)
Voici un second constat : les missionnaires tiennent des rôles essentiels, dans des places et des situations de plus en plus dangereuses, dans notre monde actuel comme dans le passé. De ce fait, l’accompagnement des missionnaires revêt un caractère de haute priorité.
L’Accompagnement Missionnaire est fondé sur l’affirmation suivante : « Dans l’organisation missionnaire, la ressource la plus importante que Dieu nous a confiée, ce sont nos missionnaires. En conséquence, leur développement et leur épanouissement en tant que personnes sont des facteurs nécessaires pour l’accomplissement de notre mission ». Selon les paroles de l’apôtre Paul lui-même, il s’agit « d’équiper les saints, en vue de l’œuvre du service, afin que le Corps de Christ soit édifié… » Ephésiens 4 :12
Le véritable Accompagnement Missionnaire commence à partir du moment où nous désirons comprendre en profondeur les besoins de l’autre. Un encadrement sain veille toujours à garder l’équilibre entre les besoins de l’individu, ceux de l’équipe de travail et du groupe plus élargi.
I Les fondements bibliques de l’accompagnement missionnaire.
L’Accompagnement Missionnaire est une responsabilité biblique qui consiste à « prendre soin les uns des autres » au sein du Corps de Christ.
– L’accent mis sur l’Accompagnement Missionnaire trouve son origine dans les exhortations bibliques telles que : « aimez vous les uns les autres » (Jean 13,34-35) ou encore « portez les fardeaux les uns des autres » (Galates 6,2) et autres paroles concernant « les uns les autres » dans le Nouveau Testament.
Lire : Jean 15,17 / Galates 5,13 /Galates 6,2 /Ephésiens 4,32 et 5,21/ Colossiens 3,13 / 1Thess. 5,11 /Hébreux 10,24
– POLLOCK écrit (1992) : « Dieu nous a donné un grand commandement (nous aimer les uns les autres) et une grande mission (faire des disciples dans toutes les nations). Souvent, dans notre zèle pour répondre à l’un, nous oublions l’autre… La grande mission ne peut pas être accomplie sans obéissance au grand commandement. »
Dans le Nouveau Testament, nous voyons des personnes qui se sont consacrées au soin des autres. Paul mentionne dans 1Corinthiens 16 :15 « la famille de Stéphanas, le premier fruit de l’Achaïe qui s’est consacrée au service des saints… » et au verset 17 « la présence de Stéphanas, de Fortunatus et d’Achaïcus; ils ont suppléé à votre absence… » – Les fruits de ces personnes apparaissent immédiatement aux versets 16 et 18.
Lire aussi : Luc 8,1-3 / Matthieu 10, 41-42 / 3 Jean 5-8
Ainsi, l’Accompagnement Missionnaire n’est pas quelque chose de nouveau : ce qui est nouveau, ce sont les tentatives pour mieux organiser et développer un soutien durable, auprès des ouvriers chrétiens qui travaillent dans d’autres cultures.
II La pratique de l’accompagnement missionnaire.
1 Le but est de prendre soin du missionnaire, de l’édifier dans tous les domaines de sa personne, afin qu’il vive et travaille comme une personne efficace et en bonne santé spirituelle. On se concentre donc sur la personne, et sur la responsabilité de ceux qui envoient, en tenant compte du fait suivant : le missionnaire est confronté à des expériences uniques sur le terrain. On doit l’aider et le préparer à relever les défis !
2 C’est une responsabilité et un processus, partagés au sein de l’organisation :
- Dieu est le responsable premier et suprême du soin de Ses enfants (Psaume 23).
- Les membres ont la responsabilité de prendre soin les uns des autres, s’encourager et s’édifier mutuellement (Rom 12,3-5/Eph 4,1-13/ 1Thess. 5,11/1 Pierre 5,2).
- Les églises qui envoient les missionnaires partagent également la responsabilité de prendre soin des membres envoyés, notamment lorsqu’il s’agit de prendre des décisions majeures les concernant (Actes 13,1 / 1 Tim.5, 18 / Hébreux 10, 25)
- Chaque missionnaire, à titre individuel, doit aussi prendre la responsabilité de son bien-être personnel, spirituel et physique (1 Cor 6, 19-20 / Colossiens 3)
3 En relation avec cette philosophie, nous croyons que le leadership ne doit pas réduire son objectif à une question de « productivité ». Il doit s’impliquer pour favoriser un climat dans lequel les missionnaires sont encouragés à maintenir leur vitalité spirituelle, intellectuelle et émotionnelle, ainsi qu’une santé physique optimale.
O’Donnell : « Le soin des missionnaires est tout aussi important que les stratégies d’implantation d’églises, la maîtrise de la culture et de la langue, ou la contextualisation… Les missionnaires ont un stress unique et amplifié : mais surtout, ils sont en eux-mêmes stratégiques, ils sont des sources de bénédiction-clés pour les non-atteints. » (Traduction libre)
→ Ex du RPMS : Relationnel – Physique – Mental – Spirituel
Par les termes « vitalité spirituelle, intellectuelle et émotionnelle », nous voyons la personne dans son ensemble, en Christ, aussi bien sur le plan personnel que dans le domaine des relations.
Cette vitalité concerne tous les aspects de la vie personnelle du missionnaire, elle lui donne des objectifs, une espérance pour le présent et le futur, de la stabilité, une direction, un sentiment de satisfaction.
Remarque importante : le concept d’Accompagnement Missionnaire ne signifie pas que la satisfaction du confort physique ou du bien-être personnel du missionnaire est un but en soi, ni qu’elle prend plus d’importance que la mission elle-même !
4 Pour les missionnaires sur le terrain, l’importance de cet accompagnement est liée au fait que :
- on met l’accent sur la qualité des relations (l’accompagnement n’existe qu’au travers des relations)
- on est orienté vers les personnes et leurs besoins spécifiques.
Il est important que toutes les personnes engagées dans le travail missionnaire – sur le terrain comme à l’arrière – même si elles n’ont pas la même perception, affirment l’importance de cet accompagnement, et qu’elles s’y impliquent.
WEC-UK facilitator : « L’Accompagnement Missionnaire est la façon dont nous prenons soin du personnel qui est en mission : les personnes et les équipes… Nous établissons des standards pour le soutien et l’accompagnement, ensuite nous facilitons leur mise en œuvre, pour nous assurer que les ouvriers restent en bonne santé, résilients et efficaces dans leur ministère, en accord avec les buts de notre organisation »
5 L’Accompagnement Missionnaire est au carrefour de trois domaines spécifiques : le Soin pastoral – le Conseil chrétien (voire la Relation d’aide si nécessaire) – le Développement des ressources humaines – Cela exige : de l’engagement – du temps – des finances.
Quelques rapides définitions :
Conseil : apporter des conseils à partir de l’expérience, les connaissances et l’analyse.
Relation d’aide : aider à résoudre des difficultés et blessures liées au passé de la personne, son mal-être, ses blocages émotionnels, des relations dysfonctionnelles, etc. dans une démarche spirituelle.
Thérapie : Traiter les traumatismes profonds, éventuellement des troubles mentaux, etc. par les soins d’un professionnel agréé pour cela.
Définition K. O’Donnel (« Doing Member-Care Well » 2002) : « L’Accompagnement Missionnaire ou Membercare est l’investissement permanent de ressources que les agences missionnaires, les églises et les autres partenaires de la mission effectuent pour entretenir et faire grandir le personnel missionnaire.
Il concerne toutes les personnes qui travaillent pour la mission : missionnaires, personnel de soutien, enfants et familles, et accomplit cette tâche tout au long de la carrière et du cycle de vie du missionnaire, depuis son recrutement jusqu’à sa retraite. »
III Les implications de l’Accompagnement Missionnaire.
1 L’Accompagnement Missionnaire est un moyen d’équiper chaque personne dans l’organisation, afin qu’elle accomplisse dans les meilleures conditions possibles la tâche que le Seigneur lui a confiée. Chacun est encouragé à grandir dans les divers aspects de sa vie personnelle, et à prendre soin des autres.
2. Il s’agit de développer chez la personne un caractère saint et des compétences, encourager ses ressources internes, pour l’aider à rester efficace dans son travail. Dans ce sens, l’Accompagnement Missionnaire consiste à développer les capacités intérieures de la personne, plutôt que de lui apporter des ressources externes pour le soutenir dans son travail.
Les domaines suivants seront donc concernés :
- La vie personnelle de chaque membre : santé physique, émotionnelle, spirituelle, cognitive.
- L’efficacité professionnelle : mettre à la disposition de chaque missionnaire des ressources professionnelles pour l’aider à combler certains besoins de formation spécifiques.
- La vie familiale : couple – éducation des enfants – relations dans la famille – Ressources pour les célibataires – etc.
- Les relations dans l’équipe de travail.
- Conseil et soin pastoral, afin que chacun soit aidé dans ses besoins propres.
- La philosophie, les pratiques et règles internes de l’organisation : elles doivent aller dans le sens de l’intérêt des personnes, dans leur fond comme dans leur formulation
- Equiper les leaders, les administrateurs de l’organisation, tous ceux qui sont impliqués « à l’arrière » : ils seront d’autant mieux compétents et sensibles aux besoins des missionnaires sur le terrain.
Chaque missionnaire doit trouver, à un niveau personnel, l’équilibre entre le concept de « souffrance / sacrifice », et celui de « développement personnel / épanouissement »
Au niveau de l’agence missionnaire, il s’agit d’harmoniser l’importance d’« accomplir la tâche » (inhérente à toute organisation), avec la réalité des besoins du personnel en « soutien et soins appropriés ».
Un stress important peut être évité, si l’on ajuste l’éthique de l’organisation missionnaire (ce qui doit être fait et comment on le fait), avec les besoins de la personne (liés à son arrière-plan).
3 L’Accompagnement Missionnaire intervient aux différentes étapes de la carrière missionnaire :
- La sélection, la préparation et l’envoi en mission.
- Le suivi pendant les séjours sur le terrain missionnaire
- Les retours en congés
- Le moment du retrait définitif.
4 L’Accompagnement Missionnaire est l’affaire de tous : l’église locale qui envoie, l’agence missionnaire, les collègues d’équipe, et les spécialistes de soins aux missionnaires.
L’expression anglaise Membercare (« soin des membres ») induit une notion d’appartenance. Elle renvoie à une notion de communauté : cela signifie une responsabilité mutuelle de prendre soin les uns des autres, au sein du même groupe. Il faut également inclure les relations d’encouragement mutuel que les missionnaires bâtissent avec les nationaux, dans la culture d’accueil.
- Le rôle de l’Accompagnement missionnaire (MC) et celui de l’église locale d’envoi :
La complémentarité entre le MC de l’organisation missionnaire et le suivi pastoral de l’église locale doit toujours être encouragée, notamment lorsque l’envoyé bénéficie d’un suivi régulier par le pasteur ou un autre responsable de son église d’envoi. L’un n’exclut jamais l’autre, et il est souhaitable que l’un et l’autre s’entendent bien pour apporter un soutien maximum aux envoyés.
On retrouve dans la pratique deux grands types de situations :
Lorsque l’envoyé bénéficie d’un soutien personnel efficace de la part de son église d’envoi, ce dernier doit être maintenu pendant l’expatriation, selon des modalités et des moyens à définir ensemble avec le MC ; Il est préférable qu’une seule personne soit identifiée pour effectuer cet accompagnement (pasteur ou autre membre mature de l’église d’envoi) – dans ce cas, le rôle du MC sera plus discret, et tourné principalement vers les questions transculturelles et contextuelles, spécifiques au terrain de mission.
– Si le soutien de l’église d’envoi est plutôt faible, voire inexistant, alors la part du MC sera plus importante.
Le soutien des envoyés doit être envisagé dans la perspective de toute leur carrière missionnaire, jusqu’à leur retour : le rôle de l’église d’envoi est très important, car elle sera aussi bien souvent « l’église du retour » !
5 Définir une politique d’Accompagnement Missionnaire signifie mettre en place des stratégies et des services qui aideront l’organisation à mieux accomplir ses buts. Cela implique notamment :
- Former, mobiliser et préparer systématiquement des conseillers compétents pour ce ministère stratégique. Coordonner nos efforts avec les autres. Les leaders de mission doivent veiller à cela.
- Mettre à disposition du temps et des finances, au sein des diverses organisations, afin de mieux soutenir et entretenir le personnel des missions dans la durée, selon des approches plus sensibles sur le plan culturel.
- Canaliser et orienter le maximum de ressources et de soins en direction des missionnaires qui travaillent parmi les populations les moins évangélisées, et parmi les zones les plus dangereuses.
IV Les éléments et composants de l’Accompagnement Missionnaire.
Les éléments essentiels de l’Accompagnement Missionnaire sont les suivants :
- Fournir un soutien solide et indéfectible depuis le début jusqu’à la fin de la carrière du missionnaire.
- L’étendue du soutien : pas seulement le missionnaire qui travaille, mais aussi : sa famille (couple et enfants) ; ceux qui sont restés au pays, les leaders de l’organisation d’envoi, etc.
- L’éthique du soutien : c’est un style, choisi volontairement par l’agence missionnaire, qui est imprimé à tous les niveaux, et qui est fondé sur le principe d’un leadership qui sert.
- Aspect pratique du soutien : il s’agit de savoir quels sont les besoins réels, et mettre en place les stratégies adéquates pour répondre à ces besoins.
- Le caractère du soutien :
- Il est durable
- Il pénètre tous les niveaux de l’organisation et concerne tous les membres, indépendamment de leur position (il ne s’arrête pas aux missionnaires : toute l’organisation et tous les membres en bénéficient)
- Il a sa source en Dieu : il est destiné à promouvoir la sainteté et la maturité de chacun, en paroles et en actes. Il vise à développer l’autonomie personnelle à tous les niveaux, et non une « dépendance » à des praticiens externes.










