Le poids de l’échec vis-à-vis de nos attentes (traduction libre d’un article de Lausanne Global Analysis - mars 2024 )Qu’est-ce que la honte ?La honte est une émotion universelle qui résulte souvent du fait que l’on n’a pas répondu à nos propres attentes ou à celles d’un groupe. La honte est présente dans toutes les cultures …

Le poids de l’échec vis-à-vis de nos attentes 
(traduction libre d’un article de Lausanne Global Analysis – mars 2024 )

  1. Qu’est-ce que la honte ?

La honte est une émotion universelle qui résulte souvent du fait que l’on n’a pas répondu à nos propres attentes ou à celles d’un groupe. La honte est présente dans toutes les cultures et tous les groupes, mais les normes sociales et les valeurs culturelles liées à la culture, à la religion, au sexe des personnes, à leur âge, à leur rôle, ainsi qu’aux types de personnalité, susciteront la honte de manière différente. La honte peut amener une personne à se sentir défectueuse, sans valeur et comme un « échec ».

La honte peut être ressentie tout au long de la vie, dès l’âge de 18 mois. À mesure que la honte est expérimentée, des schémas neuronaux se développent et se déclenchent lorsque des expériences similaires se produisent, perpétuant ainsi le cycle de la honte. La honte signale au cerveau de se mettre en mode combat, fuite ou blocage, ce qui, dans ces moments-là, rend difficile la pensée rationnelle. Le sentiment de honte peut produire des réactions physiques telles que regard détourné, le rougissement, les épaules affaissées ou la transpiration. Les réactions courantes au sentiment de honte incluent le fait de se cacher ou de fuir les autres, ce qui peut mettre en péril les relations et avoir un impact sur la contribution et l’implication au sein d’un groupe.

  1. Les racines théologiques de la honte 

Afin d’avoir une vision globale de l’impact de la honte dans la vie des missionnaires, il est important d’explorer les racines théologiques de la honte. La honte a été la première émotion ressentie par l’homme dans la Bible, comme en témoigne Genèse 3 : 6-8. Adam et Ève ont tous deux éprouvé de la honte après avoir mangé le fruit que Dieu leur avait interdit de manger. Le résultat, c’est qu’ils ont réalisé qu’ils étaient nus ; et ils en ont ressenti de la honte. Bien qu’Adam et Ève aient éprouvé de la honte après avoir péché, ce n’est pas leur péché qui les rendait honteux, mais leur vulnérabilité. La honte a été ressentie parce qu’ils ont réalisé qu’ils étaient exposés, vus par une autre personne, et que leur lien avec Dieu et entre eux était menacé.

Dans le récit biblique, c’est non seulement la relation entre Adam et Ève qui a été altérée par la honte, mais aussi et surtout leur relation avec Dieu. Il est intéressant de noter que la réaction de Dieu face à la honte d’Adam et Ève a été de les poursuivre dans leur cachette en criant : « Où êtes-vous ? » Il a ensuite remédié à leur mise à nu honteuse en confectionnant des vêtements de peaux d’animaux. 

La réponse de Dieu d’aller à la rencontre d’Adam et Ève dans leur honte est la même aujourd’hui : Il prend part à l’humanité dans son expérience de la honte. En fait, Jésus a vaincu la honte sur la croix. 

Hébreux 12 :2 « Gardons les regards sur Jésus, qui fait naître la foi et la mène à la perfection. En échange de la joie qui lui était réservée, il a souffert la croix en méprisant la honte (Aischune)  qui s’y attachait et il s’est assis à la droite du trône de Dieu… »

Allender et Longman expliquent : « Jésus a volontairement enduré la honte de la croix, il l’a même dédaignée – ou, en d’autres termes, « Il a fait honte à la honte. » Le mouvement de Dieu vers l’humanité, à mesure que la honte est expérimentée, est une invitation à apporter sa honte à Dieu.

  1. Aspects adaptés et aspects négatifs de la honte

L’impact de la honte sur la vie d’une personne comporte deux aspects. L’argument le plus fort en faveur des aspects adaptés de la honte est que la honte aide à maintenir les valeurs morales et les règles sociales. Elle aide à changer de comportement et amène les gens à se repentir de leurs péchés pour les conduire vers Dieu.

La liste des aspects négatifs de la honte est très longue :
rupture des relations sociales, peur des autres, réactions de colère, faible estime de soi, diminution de l’empathie, suicide, automutilation, humeurs dépressives, trouble de la personnalité limite, phobie sociale, toxicomanie, comportements addictifs, troubles de l’alimentation… Un autre aspect négatif de la honte : elle peut faire croire que Dieu est distant et nous désapprouve ou ne nous aime pas autant que les autres.

  1. Facteurs spécifiques déclencheurs de honte pour les missionnaires.

Les missionnaires doivent faire face à de multiples attentes qui viennent d’origines diverses : celles des cultures et de groupes où ils vivent ; celles de ceux qui les envoient (organisation missionnaire, église d’envoi) ; sans oublier celles qu’ils ont envers eux-mêmes.  il existe de nombreux facteurs pouvant déclencher un sentiment de honte. 

Voici quelques exemples :

• l’apprentissage des langues locales ;

• la recherche de soutien financier ;

• les attentes concernant le ministère, de la part de l’équipe ou de l’organisation d’envoi 

• les expériences traumatisantes ;

• être victime d’agression ou de harcèlement ;

• les réactions au danger ;

• les rôles des femmes dans le ministère et à la maison ;

• le célibat ;

• l’absence d’enfant ; ou au contraire un grand nombre d’enfants ;

• quantité de biens matériels (avoir plus que la culture d’accueil ou moins que sa culture d’origine) ;

• l’épuisement professionnel ;

• douter ou avoir des difficultés dans sa foi ;

• s’adapter à la vie dans un nouveau pays ;

• prendre des vacances ou dépenser de l’argent pour des vacances ;

• laisser de la famille ou des parents âgés dans son pays d’origine ;

• avoir du mal à assumer toutes ses responsabilités ;

• des attentes différentes provenant simultanément de multiples cultures : la culture d’accueil, la culture d’origine et la culture des expatriés dans le pays de service ;

• quitter le terrain ; Et autres.

  1. La honte expérimentée par les missionnaires.

Témoignage de Faith Stephens:

Cette compréhension plus profonde de la honte m’a aidée à comprendre mon expérience de vie de missionnaire dans le monde musulman. Le pays dans lequel j’ai servi était un terrain très difficile en raison de son instabilité politique, de sa société dominée par les hommes et de ses lois religieuses strictes. En tant que femme missionnaire servant dans cet environnement, j’avais de nombreuses occasions de sentir que je ne répondais pas aux attentes de mon organisation, de la communauté des expatriés, des églises qui m’avaient envoyée, de la culture d’accueil, ni aux attentes que j’avais envers moi-même. Au fur et à mesure que j’en ai appris davantage sur la honte, j’ai compris que je n’étais probablement pas la seule à en faire l’expérience. J’ai pensé qu’il était important d’examiner ce sujet plus en profondeur, car les aspects négatifs de la honte peuvent nuire aux missionnaires et entraver leur connexion avec Dieu et avec les autres, ce qui, en fin de compte, a un impact sur le ministère.

Afin de comprendre comment la honte est vécue par les femmes missionnaires, j’ai invité des femmes qui servaient dans le même pays que moi à participer à deux groupes de discussion pour discuter du sujet de la honte. La discussion a été comparée aux conclusions de la littérature. Sans surprise, les conclusions des groupes de discussion concordaient avec la littérature existant sur ce sujet de la honte, notamment sur le fait que tout le monde éprouve de la honte. Lorsque j’ai demandé aux femmes de décrire leur expérience de la honte, elles l’ont exprimée avec un langage encore plus fort que les descriptions faites plus haut. On a dit que la honte est extrêmement douloureuse, qu’elle isole et rabaisse, qu’elle est une torture pour l’âme et qu’elle est semblable à une prison.

Par ailleurs, lorsque je leur ai demandé de partager les circonstances qui avaient provoqué une émotion de honte, plusieurs des déclencheurs potentiels de la honte pour les missionnaires énumérés ci-dessus ont été mentionnés. Les données ont été regroupées selon six thèmes principaux : les relations, le harcèlement, les valeurs culturelles, la réputation, l’apprentissage des langues et les transitions.

En outre, de nombreux autres aspects négatifs de la honte ont été mentionnés, notamment les pensées suicidaires, les pleurs, la frustration, la colère, l’auto-condamnation, l’auto-accusation, la gêne, le sentiment d’isolement, ne pas vouloir parler, essayer de se cacher, le désir d’abandonner un rôle, travailler plus dur, etc.

La découverte la plus significative a été peut-être de voir le désir des femmes de partager leurs expériences de la honte. Leur ouverture d’esprit a incité d’autres femmes à partager leurs expériences similaires. Elles ont pu ainsi s’aider mutuellement, et voir les avantages de leurs réponses à la honte qu’elles n’avaient pas vues elles-mêmes.

  1. Il faut parler de la honte.

Si nous examinons à la fois la littérature et les groupes de discussion, il est inévitable que les missionnaires continuent à être soumis à des facteurs déclencheurs de la honte tout au long de leur service et de leur vie. La honte existe depuis Adam et Ève et sera inévitablement présente jusqu’au retour du Seigneur. Curt Thompson explique que la honte est « l’arme émotionnelle que le mal utilise pour altérer notre relation avec Dieu et entre nous ». Si elle n’est pas considérée, la honte peut avoir un impact négatif sur la relation des missionnaires avec Dieu et entre eux, et peut conduire à des stratégies de compensation, telles que les dépendances et l’automutilation.

Les missionnaires doivent être équipés et être éveillés à cette réalité de la honte. Ils ont également besoin de stratégies saines pour affronter la honte lorsqu’elle se présente, pour prévenir ces impacts négatifs sur leur ministère et pour renforcer leurs relations avec Dieu et les autres.

  1. Suggestions pour se mobiliser contre la honte.

La honte résulte de la façon dont on s’évalue ou dont on croit que les autres nous évaluent. Les messages reçus de la famille, de la communauté et de l’environnement social et culturel contribuent à identifier le type de choses que le cerveau code comme étant honteuses. 

Ces mécanismes formés dans le cerveau continuent de fonctionner de la même manière tout au long de la vie, à moins d’être identifiés et traités. Par conséquent, pour lutter efficacement contre la honte dans sa vie, il sera important de recycler ces mécanismes précédemment formés.

Pour faire face efficacement à la honte, les missionnaires doivent s’évaluer à travers le prisme des Écritures et de ce que Dieu dit d’eux. Simon Cozens explique que c’est problématique lorsque nous recherchons une validation en nous-mêmes ou au sein d’un groupe, car « nous regardons vers le monde et non vers notre Créateur ».

Premièrement : les missionnaires doivent être conscients de l’émotion de la honte présente dans leur vie. Ils doivent être capables de reconnaître comment s’exprime la honte dans leur corps – physiquement, mentalement, émotionnellement – et comprendre les circonstances qui déclenchent souvent la honte. Y compris comment leur personnalité contribue à éprouver de la honte : savoir comment ils réagissent généralement à la honte aidera les missionnaires à l’identifier rapidement. Cependant, être capable d’identifier la honte n’est que la première étape. 

Deuxièmement : les missionnaires doivent être capables de tendre la main à Dieu et aux autres lorsqu’ils font l’expérience de la honte. Pour cela, ils ont besoin d’avoir les outils nécessaires pour faire face à la honte, comme comprendre qui ils sont selon ce que Dieu a fait d’eux.

Enfin : les missionnaires devraient apprendre à reconnaître messages de honte au sein de chaque culture à laquelle ils participent et y faire face. Il sera particulièrement utile pour les équipes d’oser entreprendre des conversations sur la façon dont la honte est vécue à la fois au sein de l’équipe et dans la culture qu’elles servent.

  1. Un outil de discernement de la honte.

Afin de guider les missionnaires dans ce processus, le « Shame Awareness Tool » (Outil de discernement de la honte) est un point culminant des recherches de Faith Stephens. Cet outil aidera les missionnaires à reconnaître la honte dans leur vie et à établir un plan personnalisé pour répondre à la honte. Alors que les missionnaires trouvent des moyens utiles de faire face à leurs propres expériences de honte, ils peuvent également aider ceux qu’ils servent dans la culture d’accueil à vivre avec la honte. Donner aux missionnaires les moyens d’identifier la honte et de mettre en œuvre des réponses saines bénéficiera non seulement aux missionnaires, mais aussi à ceux qu’ils servent.

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