Dans cet article, nous nous arrêtons sur quelques principes fondamentaux mis en œuvre par les ouvriers apostoliques du Ier siècle pour l’implantation d’églises en milieu païen.Notre texte de base se trouve dans le Livre des Actes des Apôtres 13 :1-4 « Il y avait dans l'Eglise d'Antioche des prophètes et des docteurs (...) Pendant qu'ils servaient le Seigneur …

Dans cet article, nous nous arrêtons sur quelques principes fondamentaux mis en œuvre par les ouvriers apostoliques du Ier siècle pour l’implantation d’églises en milieu païen.
Notre texte de base se trouve dans le Livre des Actes des Apôtres 13 :1-4 

« Il y avait dans l’Eglise d’Antioche des prophètes et des docteurs (…) Pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. Barnabas et Saul, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie, et de là ils s’embarquèrent pour l’île de Chypre. »

I/ Les deux structures pour l’expansion du Royaume de Dieu dans le Nouveau Testament.

Dans Actes 13 :1-4 , nous assistons dans l’église d’Antioche à la naissance de « L’ŒUVRE » ou « Structure Missionnaire ».

Jusque-là dans l’histoire de l’église primitive, on voit que depuis la Pentecôte à Jérusalem jusqu’à Antioche, les apôtres à la suite du ministère de Jésus, ont évangélisé et implanté des églises locales. Selon le plan annoncé par Jésus en Actes 1 :8, les disciples sont devenus des témoins « à Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie » et ils se dirigent maintenant vers « les extrémités de la terre ».

Pour le développement  de l’Eglise dans son ensemble et l’expansion du Royaume de Dieu, le Seigneur a prévu deux structures distinctes et complémentaires :

1 La structure locale : l’église locale qui est un rassemblement de croyants dans une localité, dirigé par une équipe d’anciens (Actes 14 : 22-23) – Sa vocation principale est nourricière, même si elle a le souci et la responsabilité de l’évangélisation locale ; sa vision est d’abord locale, mais elle répond également à l’ordre du Seigneur d’aller par toutes les nations.

2 La structure extra locale ou missionnaire, appelée «Œuvre » dans le livre des Actes.

L’œuvre, c’est le bras d’expansion de l’Eglise au sein du Corps de Christ pour évangéliser de nouveaux terrains, pour implanter des églises et les édifier. Au fil des siècles, on a désigné souvent l’œuvre par « la mission ».

  • Cette distinction entre les deux structures est essentielle. Les ministères qui composent chacune d’elles ont des sphères de responsabilités différentes. Elles sont autonomes, et complémentaires. Elles travaillent ensemble pour un but commun : édifier l’ensemble du Corps de Christ et étendre le Royaume de Dieu.
  • Nous voyons ainsi de manière pratique, la complémentarité entre les deux structures : les Ministères de l’œuvre plantent et édifient des églises locales. Celles ci servent de réservoir pour de nouveaux Ministères, qui, au temps de Dieu, peuvent être libérés dans le Corps de Christ, et pour l’extension du Royaume de Dieu.

Dès les premiers temps de l’Eglise, Dieu a utilisé deux structures autonomes et complémentaires pour réaliser ses desseins de rédemption pour le monde.

La 1ère structure (locale) est essentiellement nourricière : tous les croyants peuvent être inclus – Elle met l’accent principalement sur l’édification des croyants, tout en pratiquant l’évangélisation locale et en gardant une vision « mondiale ».

La 2e structure est orientée vers l’expansion : elle demande un autre type de fonctionnement, et ceux qui s’y impliquent prennent un « deuxième engagement ».

Lors de son 1er voyage missionnaire, Paul a emprunté la tradition des « missionnaires juifs » dont parlait Jésus en Matthieu 23 :15 (« Ils traversent terre et mer pour faire un seul prosélyte ») – Paul a utilisé ce concept pour former et développer son équipe missionnaire ou « équipe apostolique mobile ».

  • Ces deux entités ont pratiquement disparu au fil des siècles , en raison de l’évolution des structures et des pratiques de l’Eglise.

Les Réformateurs ont fortement réagi à la corruption du clergé et des ordres monastiques catholiques ; pour de multiples raisons, ils ont eu tendance à mettre de côté la structure d’expansion, qui était incarnée principalement par les monastères depuis les premiers siècles du christianisme.

Avec les Moraves (à partir de 1727) et surtout William CAREY (vers 1790) et son plaidoyer pour que les chrétiens et les églises mettent en place des « moyens adéquats » pour atteindre les pécheurs de ce monde jusqu’au bout de la terre, les protestants ont formé les premières structures pour l’expansion missionnaire appelées ensuite « Sociétés missionnaires ».

Aujourd’hui : Les agences missionnaires se sont multipliées dans le monde entier, pour le travail de l’évangélisation des peuples non-atteints. Sont-elles conformes au modèle biblique ? Ou ont-elles usurpé une partie du travail qui revient normalement aux églises locales ?

Une agence missionnaire (interconfessionnelle ou non) est une organisation chrétienne qui travaille à côté de l’église locale pour accomplir une œuvre spécifique. Elle est orientée vers une fonction spécialisée dans le cadre de la mission mondiale. Ainsi, elle aide les églises locales à mener à bien leurs responsabilités et leurs ministères,  mais elles ne peuvent pas les remplacer.

Ces organisations peuvent être reliées ou soumises à une église ou à une fédération d’églises. Elles doivent garder un bon rapport avec les églises locales. Elles ont une relation d’interdépendance mutuelle, elles font ensemble partie de l’Eglise « Corps de Christ ».

Ralph Winter missiologue américain au 20e siècle déclarait : « Les missions protestantes se sont souvent focalisées sur l’implantation des églises, à tel point qu’elles ont négligé de semer dans ces nouvelles églises la même vision de la mission transculturelle… En d’autres termes, les missionnaires ont souvent implanté des églises qui ne sont pas en bonne santé, car il leur manque une vision missionnaire transculturelle. »

II Les caractéristiques de l’implantation d’églises autochtones

Dans la perspective biblique, notamment les principes démontrés par l’apôtre Paul dans le Nouveau Testament, chaque église locale autochtone présente dès son démarrage certaines caractéristiques très précises. Celles-ci correspondent à des principes théologiques.

Voici 4 principes majeurs d’une église locale mis en place par les apôtres :

1) Elle est autonome dans son gouvernement (principe d’auto gouvernement) ;

2) Elle se soutient elle-même financièrement (principe d’autofinancement) ;

3) Elle se propage et se multiplie (principe d’auto propagation) ;

4) Elle revêt un caractère autochtone dans son expression et ses formes (principe de contextualisation)

L’église ne doit pas être vue comme une institution étrangère, soutenue financièrement par l’étranger. Elle doit être capable de fonctionner de son propre chef.

L’église est autonome dans son gouvernement

Actes 14 :21-23 « (Paul et Barnabas)… retournèrent à Lystre, à Iconium et à Antioche. Ils fortifiaient l’esprit des disciples, les encourageaient à persévérer dans la foi et disaient: «C’est à travers beaucoup de difficultés qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu.» Ils désignèrent des anciens dans chaque Eglise et, après avoir prié et jeûné, ils les confièrent au Seigneur en qui ils avaient cru ».

Voici quelques principes pour établir de nouvelles églises sur le champ de mission :

Paul et Barnabas ont évangélisé et formé des groupes de disciples ; quelques temps plus tard, ils reviennent et nomment des anciens comme responsables locaux au sein de la nouvelle communauté.

Commencez à préparer les nouveaux croyants peu après leur conversion pour le jour où  ils dirigeront eux-mêmes ;  

Ne donnez pas des positions trop vite ;

Reconnaissez la valeur des jeunes et la valeur des hommes âgés pour la direction de l’église.

            Le jeune :                                                        L’homme plus âgé :

 il peut apprendre plus vite,                       il est respecté et reconnu comme dirigeant,

 il n’a pas de famille pour le «gêner»,     il possède la sagesse de son peuple,

 il peut aller à l’école pour étudier.          il a un travail et n’a pas besoin d’être soutenu.

                                                              mais :

 il lui manque le respect.                          il ne peut pas aller à l’école pour étudier.

 souvent, il n’a pas d’emploi.                   il apprend lentement.

 il lui manque la maturité                        il lui manque la flexibilité.

Notons encore un principe important qui traverse tout le Nouveau testament : l’église locale est gouvernée par les anciens locaux, mais, elle garde  une couverture apostolique et tisse des liens avec d’autres assemblées locales. 

L’église est autonome financièrement.

Notons quelques-unes des conséquences négatives (vérifiées dans l’histoire) du fait de subventionner à long terme un pasteur et/ou une église avec de l’argent extérieur :

    1. Cela décourage l’initiative du pasteur ;
    2. Le futur de l’église peut être sacrifié pour un avantage provisoire ;
    3. On agit contrairement à ce que la Bible enseigne ;
    4. On n’enseigne pas l’esprit de sacrifice aux nouveaux membres locaux ;
    5. Cela affaiblit l’église dans le temps, causant une dépendance externe vis-à-vis de la mission ou d’une autre organisation extérieure ;
    6. Cela peut entraîner des problèmes entre missionnaires et anciens locaux ;
    7. Cela enseigne aux chrétiens et aux dirigeants que « la mission » est la source de revenu.

Voici huit raisons pour lesquelles l’église doit se soutenir elle-même financièrement :

  1. C’est le plan biblique : 1 Cor.9 :7-14  /  1Tim.5 :17-18  /  Gal. 6 :6.
  2. Le soutien du pasteur et de l’église par le moyen des dîmes et des offrandes est un plan logique et équitable. (Mathématiquement : 10 familles locales qui donnent  leur dîme peuvent fournir un salaire moyen et décent pour la famille du pasteur) ;
  3. Le bénéfice spirituel de la congrégation exige que l’église se soutienne elle-même ; 
  4. Le pasteur doit sentir une responsabilité envers son peuple plutôt qu’envers la mission ou une organisation extérieure,;
  5. Quand le serviteur de Dieu met sa confiance en Dieu pour son soutien, sa foi et sa vie spirituelle sont fortifiées ;
  6. Finalement et à long terme, le pasteur recevra davantage sans le soutien de la mission ;
  7. Ceci ouvrira la porte pour une expansion sans limite.

Comment enseigner les croyants à donner leurs dîmes et leurs offrandes pour le soutien de l’église ?

  • Commencez immédiatement à enseigner les nouveaux convertis à donner à  Dieu. C’est plus facile au commencement qu’après des années.
  • Au début de la jeune église : le pasteur peut travailler de ses mains (comme Paul – voir 1Cor.9) pour pourvoir aux besoins de sa famille.
  • Quand les besoins financiers et les frais de l’église sont payés par les membres, cela leur inculque le principe de la responsabilité

L’église se propage et se multiplie.

– L’église est appelée à évangéliser. Sinon, nous faillirons à achever notre but. La tâche est trop grande pour que les missionnaires externes fassent tout le travail d’évangélisation.

Toute l’église est mobilisée, motivée et enseignée pour l’expansion du Royaume de Dieu

Chaque église doit avoir un programme d’évangélisation. Elle doit envisager l’établissement de nouveaux groupes, missions, et fonder des églises dans les villages ou villes plus loin.

Les laïcs devraient être utilisés. Le pasteur forme des membres pour qu’ils prennent leur place de futurs dirigeants. Certains deviendront anciens, pasteurs, etc. des nouvelles œuvres.

Toutes sortes de programme peuvent être employés. Mais le missionnaire ne doit pas commencer un programme que les autochtones ne pourront pas continuer par eux-mêmes.

L’église est « locale » dans sa forme et son fonctionnement

L’église n’est pas une institution étrangère. Elle doit s’adapter au peuple et à sa culture.

    1. Les dirigeants sont majoritairement des autochtones ;
    2. La langue utilisée doit être leur langue ;
    3. Leur musique doit être utilisée, aussi bien que l’architecture de leurs édifices ;
    4. Leur manière de faire les choses doit être observée ;
    5. C’est pourquoi le soutien doit venir de leurs poches.

Ne pas suivre ces règles aura des conséquences : Les gens du pays ne s’identifieront pas au message et ne s’y intéresseront pas. Pour eux, ce sera une « religion des étrangers ». Les mécontents trouveront là une raison pour se séparer et former leur église, plus « indigène ».

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